L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». Ce week-end, la crise financière était au cœur de discussions à Washington, Londres et Paris. Le bilan est assez simple. Il se résume à une image et à une idée. L’image, c’est qu’on attendait beaucoup des rencontres du G7 Finances vendredi à Washington et que c’est en Europe que tout s’est passé. Les Etats-Unis ont leur propre plan pour leur secteur financier. Ce plan n’a pas énormément convaincu jusqu’à maintenant, et de toutes façons, le leadership étoilé n’est manifestement plus ce qu’il était. La fin du mandat de Bush aura été une catastrophe absolue. Clairement, l’Europe agit et si l’élan permet de rebâtir un autre système, tant mieux. Deuxième point, l’idée forte du week-end, c’est que les responsables européens veulent donner un coup d’arrêt à ce qui se passe depuis deux semaines, c’est-à-dire que les politiques courent sans cesse derrière la corbeille, la Bourse. Vous connaissez la formule du Général De Gaulle, la politique ne se fait pas à la corbeille. Eh bien, les gouvernements européens essaient de reprendre le contrôle de la situation pour ne plus être obligés de courir, de colmater des brèches tous les jours. On verra ce matin la réaction des marchés, même si ce ne sont pas eux qui sont visés en premier, ce sont les banques. Ça, c’est la ligne générale... Dans le détail, le plan européen marque clairement une rupture. On voit bien l’évolution depuis un mois dans la réponse des Etats à la crise. Dans un premier temps, le gouvernement américain décide, pour l’exemple, de laisser tomber la banque Lehman Brothers. C’est une erreur, mais on s’en apercevra après. Dans un deuxième temps, il décide de racheter les actifs toxiques des banques, c’est le plan Paulson de 700 milliards de dollars. Cela ne marche pas vraiment, en tous cas dans l’immédiat parce que c’est lent. C’est du côté européen, et d’abord à Londres, que se passe le troisième temps. On ne rachète pas seulement les actifs des banques, on les soutient directement. C’est la recapitalisation, qui peut aller jusqu’à la nationalisation, par exemple de fleurons de la finance de Grande-Bretagne. Les Etats-Unis vont y venir. Et puis, dernière étape, la garantie par l’Etat des crédits que se consentent les banques entre elles, ce concept a été acheté par toute l’Europe hier. Symbole inédit : le plan Gordon Brown, premier ministre britannique, a été repris par les Quinze de la zone euro. C’est vrai que c’est assez cocasse mais surtout, il est difficile de battre Londres sur le pragmatisme. Les historiens disent que la crise de 1929 avait montré aux yeux du monde que le cœur de la puissance économique était passé de Londres vers les Etats-Unis. Cette crise marquera aussi un tournant. Vers où ? Mystère... pas vers l’Angleterre bien sûr, mais les Anglais jouent gros parce que, bien plus que nous, leur économie dépend de la finance. Alors, le plan européen n’est pas exactement le plan britannique, chaque pays pourra d’ailleurs le décliner. C’est une réponse à la crise non pas unique mais commune. Cela dit, chaque pays va publier le montant qu’il est prêt à engager, c’est ce que proposaient les Néerlandais il y a dix jours. Le risque, c'est une course entre les pays - à celui qui mettra le plus sur la table. Les Anglais plus de 600 milliards d’euros, les Allemands 400 milliards, alors les Français combien ? Et l’Europe entière combien ? Le problème, c’est que ces chiffres n’ont aucun sens, ils additionnent des recapitalisations, des garanties, des lignes de crédit. Ce ne sont pas des dépenses budgétaires. Cette course est de toute façon inutile : ce n’est pas une addition qui fera redémarrer la finance, c’est la fin de la division.

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