Il y avait beaucoup de monde hier dans les rues contre la réforme des retraites. François Fillon a redit que le gouvernement ne bougerait plus. Que peut-il se passer ?

Il faut d’abord dire une évidence : les syndicats ont remporté un gros point dans ce match qui dure maintenant depuis le mois de juin, il n’y a pas eu d’essoufflement du mouvement dans les rues. Dans les transports, le pourcentage de grévistes a été à peu près le même que la dernière fois. Le rapport de forces est-il pour autant modifié ? L’image qui vient à l’esprit est celle de deux trains qui avancent à toute vitesse sur des voies parallèles, et on ne sait pas où cela va nous emmener et s’il ne va pas avoir un déraillement qui provoquera une collision. Chaque camp poursuit sur sa lancée. D’un côté, après l’Assemblée, le Sénat va voter la réforme, elle va donc devenir force de loi. Le Parlement a sa légitimité démocratique pour lui. De l’autre côté, les syndicats prévoient une autre manifestation, samedi, et sans doute encore une autre la semaine prochaine.

Dans le détail, le scénario est différent de ce que prévoyaient l’Elysée, mais aussi les syndicats ! Exactement, mais c’est le Gouvernement que cela n’arrange pas. Les syndicats avaient promis que, désormais, la montée en puissance se ferait du côté des grèves, à la SNCF, à la RATP, dans la fonction publique. Or, les taux de grévistes ont au mieux stagné (je le disais), ils sont même très inférieurs à ce qui s’était passé en 2003 (la précédente grande réforme). Le trafic du métro parisien sera par exemple assez bon aujourd’hui. En revanche, grâce aux lycéens, les manifestations ont été plus nombreuses que prévu. On pourrait se dire que le Gouvernement s’en satisfait. Moins de grévistes, cela veut dire des transports qui fonctionnent mieux, la contestation se voit moins. En fait, c’est l’inverse. L’Elysée ne l’avoue pas, mais il préférerait des grèves qui se voient pour prendre à témoin tous les non grévistes, les dizaines de millions de gens qui ne manifestent pas, et leur dire : regardez la pagaille ! Donc, non, le scénario n’est pas le bon pour le gouvernement.

C’est donc le blocage ?

La situation, oui, est bloquée. L’Elysée espère un essoufflement et prie pour qu’il n’y ait pas un incident (un accident) – notamment avec les lycéens qui (au passage) manifestent alors que la réforme a pour but d’empêcher les « plus vieux » que nous sommes de fabriquer de la dette qu’eux ils devront payer. L’Elysée, donc, est inflexible, et les syndicats ont mis la barre très haut : ils exigent une négociation mais fixent comme préalable l’abandon du passage à 62 ans. Bref, à ce stade, il n’y a pas d’autre issue que la défaite d’un camp ou de l’autre. Le plus paradoxal est que personne n’a compris, sur le plan économique, ce que ferait très concrètement le Parti socialiste sinon qu’il faudrait travailler plus longtemps aussi.

Y a-t-il une solution politique à cette crise ?

A très court terme, l’Elysée devrait éviter ce qui apparaître comme une provocation, comme de parler hier midi avec la majorité de la réforme de la taxation du patrimoine ; à court terme, il y a le remaniement, mais faire porter le chapeau à François Fillon serait osé ! En réalité, la solution, c’est la présidentielle de 2012 ! En 1995, les grèves avaient eu lieu au tout début du septennat de Jacques Chirac. Là, nous sommes à 18 mois de l’échéance, c’est demain matin. La sortie pacifique de cette crise, c’est de compter sur les urnes, pas sur la rue.

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