Vous revenez d’un court déplacement en Libye avec 80 entreprises françaises emmenées par le ministre du commerce extérieur. C’est un marché pour la France ?

Oui, c’est un marché, mais ce n'est pas d'abord un marché - en tous cas pour l’instant. Le moment actuel n’est pas encore économique, il est militaire et politique. Des combats se déroulent toujours ; le gouvernement n'est pas formé ; on parle de 50 0000 blessés ; et Kadhafi court toujours. La question posée, hier, aux entreprises et à Pierre Lellouche, chargé du commerce extérieur, était donc la suivante : à partir de quel moment est-il possible, décent, de parler affaires ? Comment parler business sans donner l’impression d’exiger le renvoi d’ascenseur après l’engagement français ? La réponse n'est pas évidente. Le réflexe est de se dire que c'est bien tôt. Mais la réalité est que les Libyens sont demandeurs et, surtout, que tout le monde se précipite. Les Italiens sont venus deux fois, une délégation allemande est arrivée hier soir alors même que Berlin a refusé de participer aux combats. Et les chinois sont en embuscade.

Pourquoi cette course ?

C’est vrai que la Libye paraît être un petit marché, ce n'est pas la Chine ! Mais elle a une caractéristique rare, voire unique : c'est un pays riche, qui a de l'argent. Ses sous-sols contiennent les premières réserves de pétrole d’Afrique ; le potentiel touristique est immense et inexploité ; le pays dispose d’avoirs gelés à l’étranger pesant plus de 70 milliards de dollars. Bref, ce n'est ni l’Egypte ni la Tunisie, plus pauvres. Donc, on a un pays riche, un changement de régime, et, avec cela, une France qui a la cote - hier, tous les ministres rencontrés ont félicité et remercié Pierre Lellouche. Cette conjoncture astrale est rarissime. Ajoutons enfin que plusieurs membres de la nouvelle équipe ont été formés à l’occidentale. Le ministre des finances et du pétrole, par exemple, a enseigné aux Etats-Unis.

La France est donc bien placée ?

Oui, mais cela ne durera pas. Elle est bien placée parce que Total, Vinci, la BNP et d'autres sont déjà présents. Elle l’est parce qu’elle est prête à répondre à des urgences. Il faut par exemple réparer un câble téléphonique sous marin qui relie l’ouest et l'est du pays, câble coupé par Kadhafi. France Télécom est priée de s’en occuper. Mais ce favoritisme de fait ne durera pas, parce que, vite, les affaires reprendront leur cours, et la concurrence sur les prix aussi. Déjà, Air France, qui croyait avoir obtenu l’entretien de la flotte aérienne libyenne, a appris hier qu’elle a été doublée par les égyptiens. Et les Libyens ont fait regretté qu’Airbus n’ait pas livré deux avions commandés - et peut-être payés - par l’ancien régime.

Au delà du commercial, la Libye, c'est un enjeu stratégique ...

Oui, absolument - même si on ne sait pas comment va évoluer le régime. L’enjeu, c est d avoir un Maghreb proche de l'Europe. En Libye, il y a une vraie bagarre entre les représentants de l’Union européenne et ceux de l’ONU, proches des américains, pour vanter et « vendre » l’un ou l'autre modèle.

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