Le monde de la culture et du livre doivent se préparer à une nouvelle révolution technologique et économique.

Une révolution arrivée en Allemagne mardi dernier, et qui est attendue très bientôt en France. Pour résumer, il s’agit de l’accès à une bibliothèque virtuelle, la possibilité de lire des livres sur votre appareil numérique de façon illimitée en payant un abonnement mensuel modique. Exactement comme cela existe pour les films avec Netflix et pour la musique avec Deezer ou Spotify. C’est Amazon, une fois de plus, qui a lancé ce produit aux Etats-Unis l’été dernier pour 9,99 dollars par mois. C’est au tour de l’Europe. Avec beaucoup de questions.

C’est - dites-vous - la troisième vague numérique qui déferle sur le monde de la culture.

La première étape, cela été la dématérialisation des produits (entre guillemets bien sûr). Les disques, CD, films, DVD, remplacés par des fichiers. Les livres disponibles sur les liseuses – comme le Kindle d’Amazon. Cela ne veut pas dire – et tant mieux – que les librairies, les cinémas, meurent, grâce à l’impressionnant travail des libraires, aux innovations des cinémas. Mais ils souffrent c’est sûr. La deuxième étape, c’est l’individualisation de cette culture. On ne regarde plus la télévision en famille et on lit moins tous au coin du feu. Chacun a ses écrans, ordinateurs, tablettes, smartphones, dans son lit, sa cuisine, le métro.

Et la troisième étape, donc, c’est une révolution marketing ?

C’est le sujet d’aujourd’hui. L’acte culturel passe du paiement à l’acte unique, à l’achat, au paiement par forfait. Avec un abonnement mensuel, on a à portée de clic une offre illimitée ou presque de musique, de films, et désormais aussi de livres. Au restaurant ou dans les villages de vacances, on appelle cela buffet à volonté. Le catalogue américain d’Amazon propose 600.000 livres, à vrai dire peu de grands livres, surtout de l’auto-édition. Mais cela va s’étendre. En Allemagne, le catalogue est plus restreint, surtout en anglais, mais le mouvement est là aussi lancé. En France, on attend des détails. Deux concurrents se sont déjà lancés, YouBoox et YouScribe, mais ils n’ont pas l’impact d’Amazon, véritable rouleau compresseur.

Un rouleau compresseur qui rencontre des obstacles.

La bibliothèque virtuelle et en illimité fait grincer des dents. C’est normal. Il y a le problème général d’Amazon, qui applique une TVA très basse, parce que la société est basée au Luxembourg. Bruxelles enquête. Mais ça, c’est la faute de l’Europe, incapable d’harmoniser sa fiscalité. Il y a surtout la révolte des professionnels européens de l’édition qui, dénoncent un abus de position dominante d’Amazon. Il est bon qu’un rapport de forces s’installe pour préserver les intérêts des auteurs. Mais ce sont les lecteurs qui choisiront. En tout état de cause, cette révolution de l’illimité en marche est une nouvelle preuve de la puissance inouïe des 4 cavaliers du soft power américain : les fameux GAFA, Google, Apple, Facebook et Amazon.

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