Vous évoquez le nouveau Prix Nobel d'économie, l'écossais Angus Deaton.

Le jury du Prix Nobel a choisi hier ce spécialiste des liens entre les revenus et la consommation, qui est également expert des progrès contre la pauvreté dans le monde. Mais Angus Deaton est aussi connu pour avoir coécrit avec un autre économiste, le Prix Nobel 2002, un article retentissant sur ... l'argent et le bonheur. Ils ont apporté une réponse à cette question : est-ce que devenir plus riche améliore vraiment le bonheur ? En termes triviaux, si l'argent fait le bonheur, combien en faut-il ? Quelqu'un qui gagne cent fois plus que son voisin est-il cent fois plus heureux ? L'Institut Gallup a sondé des centaines de milliers d'Américains. Et on a la réponse qui est : c'est quand on gagne 75.000 dollars par an -pour simplifier disons 5.000 euros par mois- que l'on a le maximum de bonheur ; à moins, on est moins heureux, on vit dans le stress ; mais, surtout, être plus riche ne procure pas davantage de ce que Angus Deavon appelle de la satisfaction émotionnelle (ressentir de la peine, de la joie, de la douleur, se lever épanoui, tenir le choc face aux difficultés de la vie). Donc, la satisfaction émotionnelle est plafonnée ! En fait, les choses sont plus complexes. Cette enquête distingue une autre forme de bonheur qui, elle, croît indéfiniment avec le revenu, c'est la satisfaction de soi. Plus vos revenus sont élevés, sans limite, plus vous avez cette estime de vous. Tout cela, ce sont des travaux scientifiques.

Avec quels enseignements ?

Le premier, qui paraît sauter aux yeux, est que l'on a une condamnation de la société de consommation ! Chacun doit avoir ce qui lui suffit ; au-delà, cela ne sert à rien, aucun bénéfice ; une Rolex n'apporte pas de vrai bonheur en plus. Juste de la reconnaissance – et est-ce vraiment utile ? Deuxième enseignement, c'est un gros bémol. Le seuil dont on parle (5.000 euros) est américain, il n'est pas universel, il ne vaut pas pour le passé, pas pour l'Ouganda, pas pour la France, et c'est une moyenne, tous les individus ne sont pas les mêmes. Troisième point : cela invite à se poser LA question sur ce qui motive pour avancer et créer, innover, entreprendre. Au-delà d'un certain seuil de revenus, ce n'est plus la recherche de bonheur-sécurité. Alors quoi ? La comparaison avec les autres ? Peut-être. Le Nobel renvoie à des débats de tout temps et très actuels mais n'a pas toutes les réponses.

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