Un conflit oppose les ministères du Logement et des handicapés, qui veulent imposer le passage aux douches à l'italienne dans les logements neufs, et les professionnels, qui demandent quatre ans de délai. Au pays d'Ubu roi, c'est pourtant cette fois l'administration qui a raison.

Pendant le virus et la violence du choc économique, la France reste la France, avec ses normes, ses batailles en coulisses et ses lobbystes qui s’agitent. 

De quoi parle-t-on ? En septembre, le ministère du Logement a publié un arrêté imposant à partir de 2021 l’installation dans tous les logements neufs -maisons individuelles et appartements avec ascenseurs- l’installation de douches dites à l’italienne. Ce sont des douches sans bac, à même le sol de la salle de bain, sans marchepied ou rehaussement. L’objectif, bien sûr, est de faciliter l’accès des personnes âgées et handicapées. 

Depuis dix jours, tollé de tous les professionnels du bâtiment. Ils disent : ça va nous coûter cher, techniquement c’est impossible à cause du siphon à poser par le voisin d’en dessous, et tenez-vous bien il y aurait même un risque d’électrocution. 

Tout cela est croquignolet, presque drôle, mais c’est toute une profession qui crie qu’elle va rester sur le carreau, que c’est le retour du Léviathan bureaucratique. Elle demande quatre ans de délais. 

Attention, personne ne sera obligé de changer sa salle de bain s’il reste chez lui ou s’il réside dans l’ancien, on parle bien du neuf.

Et qui a raison ?

Le point intéressant est que l’histoire doit être complétée. En fait, cette obligation d’une douche à l’italienne, c’est la contrepartie d’un donnant-donnant, que le secteur du bâtiment fait semblant d’oublier parce qu’il doit former ses compagnons. 

En 2018, une loi a été votée, qui a supprimé beaucoup de normes dites handicapées sur 80% des logements neufs – ces normes posaient des problèmes quand il fallait que les couloirs et les pièces d’eau soient plus grands pour faciliter le passage de fauteuils roulant, au détriment d’autres pièces. 

Mais en 2018, il avait été dit qu’en échange de cette simplification, ces 80% des logements devraient être prêts à évoluer quand les occupants ou des locataires perdent de l’autonomie – comme en Allemagne ou en Espagne. 

Alors qui a raison ? demandez-vous. Je me mouille : les deux ministres en charge, Emmanuelle Wargon et Sophie Cluzel, devront peut-être étirer un peu le calendrier mais il n’y a pas de raison de reculer.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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