Nouvelle déroute du CAC 40 hier, qui a perdu un quart de sa valeur en sept semaines, déclarations tous azimuts sur la Grèce : le pire est-il désormais à craindre pour la zone euro ?

Cela dépend de ce que l’on appelle le pire ! Ce qui est sûr, c’est que le bruit qui monte ces derniers jours, c’est : et si la Grèce faisait faillite et sortait de l’euro, serait-ce vraiment le pire ? Poser la question montre que ce n’est plus un tabou, c’est nouveau. Et de fait, d’une déclaration du Premier ministre hollandais à celle d’officiels allemands, et aux confidences de grands patrons français, on voit bien cette tentation. Puisque tout « fout le camp », laissons la Grèce se débrouiller. On passe du sauvons la Grèce, à sauvons plutôt l’euro. Pourquoi ce changement de pied ? Parce que tous les chiffres venant d’Athènes sont désastreux, il leur reste un mois de trésorerie ; parce que les marchés massacrent les banques françaises, allemandes et espagnoles qui ont des titres grecs ou italiens dans leurs portefeuilles, et qu’elles sont dans une spirale dangereuse. La BNP, le Crédit Agricole et la Société Générale ont chuté hier de 10 à 13%. Alors même que leurs résultats sont bons. D’où l’idée qu’on entend : tournons la page.

« Tourner la page », est-ce que c’est la solution ?

Non, penser qu’il suffit de couper le cordon entre la Grèce et le reste de la zone euro pour que tout aille mieux relève du fantasme. Faire entrer la Grèce dans l’euro était une erreur mais on peut craindre les conséquences d’un « débranchement ». Souvenons-nous de la faillite de Lehman Brothers, applaudie au départ. On a vu les conséquences, une crise mondiale. Plus techniquement, précisément, la faillite de la Grèce ruinerait les Grecs (ce sont eux qui détiennent le plus leur dette), il faudrait recapitaliser la banque centrale européenne, sans doute les banques françaises (mais avec quel argent ?), il faudrait garantir les dettes italienne et espagnole, etc etc. Bref, l’engrenage serait explosif et imprévisible.

Alors, quelles sont les possibilités de sortie de crise ?

Il y a en a deux. Une par le haut, une par le bas. Par le haut, il s’agit pour les responsables politiques de sortir de leur impuissance, de leur complexe de Gulliver empêtré. La Grèce, ce n’est quand même pas la mer à boire ! Donner un grand coup d’accélérateur vers plus d’Europe, d’intégration, bref surprendre, quitte à ce que la solidarité financière passe par une mise sous tutelle plus nette. Cela suppose que chaque dirigeant prenne des risques internes. Naturellement, cela est plus facile à dire à un micro qu’à mettre en œuvre. L’autre hypothèse, c’est celle d’une sortie par le bas, d’une faillite, mais ordonnée, organisée une fois pour toutes – les contribuables européens, les investisseurs, les épargnants y perdant des plumes. Cela éviterait la sortie de la Grèce de l’euro. Entre le haut et le bas, il n’y a désormais plus de place pour un entre deux flou qui, jusqu’à maintenant, a raté. Il n’est pas 7H24 mais minuit moins une… A moins, qu’un troisième scénario se dessine. Wall Street s’est retourné cette nuit sur la rumeur d’un soutien de la Chine à la zone euro.

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