On a appris hier soir que le groupe franco-allemand EADS et le leader de l'industrie britannique de défense BAE Systems, envisagent une fusion. L'union fait la force ?

L'union fait la force : dans la défense, le mot est le bon. C'est un mariage de titans dont on parle. La fusion donnerait naissance au premier groupe mondial de l'aéronautique, de la défense et de l'espace, devant Boeing et avec 225.000 salariés. A ce stade, il faut éviter de s'emballer pour deux raisons. Un : rien n'est fait, tout peut capoter. Deux : on parle, à côté des avions civils d'Airbus, d'armes de guerre. Donc, c'est un sujet à ne pas prendre à la légère.

La question la plus évidente : pourquoi ce mariage ?

Vous l'avez dit : l'union fait la force. EADS et BAE, c'est comme si Carrefour fusionnait avec Wall Mart dans la distribution, Renault avec BMW dans l'automobile. Chacun se renforce. EADS, la maison mère d'Airbus, de Eurocopter (les hélicoptères), d'Astium (les satellites) est faible dans la défense et peu présent aux Etats-Unis. Quant à lui, le britannique BAE (ce sont les chars Bradley par exemple) prend de plein fouet la baisse des budgets militaires (d'abord la fin de la guerre froide puis, aujourd'hui, de la présence américaine en Irak). Mais il est un des fournisseurs qui comptent du Pentagone. Sur le papier, donc, cette alliance est idéale, initiée dans le secret depuis juin par le français Marwan Lahoud avec l'accord du patron actuel d'EADS, l'allemand Tom Enders - qui a remplacé Louis Gallois. Elle mutualiserait les forces commerciales et de recherche et mettrait fin à une certaine concurrence entre Européens.

Et les défauts de cette union ?

Je le disais, tout peut capoter, parce que le diable est dans les détails. EADS contrôlerait 60% de l'ensemble, le groupe anglais 40% alors que l'opinion britannique n'a jamais été aussi euro-sceptique. Les gouvernements marchent sur des œufs. Le seul commentaire officiel a été un communiqué de Moscovici, à Bercy, à 22h41 dans lequel il ne dit rien ! Ce qui est compliqué, c’est qu'une telle opération en appellerait d'autres. Dassault sera "cornérisé" avec ses avions, ses chasseurs qu'il ne vend nulle part dans le monde, s'il ne s'allie pas avec Safran et/ou Thales. Sans compter des questions totalement triviales : que faire des participations de l'Etat ? Qui dirige ? Où est le siège ?

Sur le plan politique, quels sont les enseignements ?

Là, c'est passionnant - et dès maintenant, quoi qu'il se passe. La vieille idée d'une industrie européenne de la défense prend corps. Ce n'est pas la défense européenne, mais l'industrie de défense, c'est quand même le symbole de ce qui est le plus régalien. D’abord parce que les Anglais rejoindraient le Vieux continent. Ensuite, les Français et les Allemands, qui se sont tant combattus au cours des siècles, décident de travailler ensemble pour mettre en commun la réussite exceptionnelle d’Airbus et le succès britannique. Ce ne sera pas facile. Vous connaissez le mot : "l'essentiel dans un mariage à trois, c'est d'être l'un des deux" ! Mais il y a quelque chose de vertigineux à se dire qu'un groupe anglo-germano-français de défense (il y a un peu d'Espagnols aussi) aura peut-être à sa tête, en tous cas actuellement, un ressortissant allemand. C'est la preuve que l'Europe sait, quand elle veut, avancer.

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