En question la course sans fin de la Banque centrale européenne.

Ce matin Dominique Seux nous parle de la course sans fin de la Banque centrale européenne
Ce matin Dominique Seux nous parle de la course sans fin de la Banque centrale européenne © Getty / Westend61

J’ai bien conscience que c’est une chronique dont le thème peut a priori faire décrocher un certain nombre d’auditeurs, surtout un vendredi matin. Je leur dis : restez-là, cela nous concerne tous. 

Les banques centrales ont été ces dix dernières années des repères qui nous ont indiqué le Nord, qui ont été rationnelles et imaginatives : elles ont soutenu l’activité économique avec leurs politiques monétaires très audacieuses de taux d’intérêt toujours plus bas. Le problème aujourd'hui est qu’on se demande si elles ne sont pas désormais prisonnières d’une sorte de fuite en avant, elles ont peur de tomber du vélo si elles arrêtent de pédaler. 

Les taux d'intérêt abaissés à un nouveau plus bas historique : -0,5%

Hier, la BCE a abaissé les taux d'intérêt à un nouveau plus bas historique -moins 0,5%-, annoncé de nouveaux achats d'obligations (c'est ce qu'on appelle le QE, le "quantitattive esasing") et abaissé le coût auquel les banques peuvent contracter des emprunts à long terme. Peu importe la technique, elle cherche encore et toujours à inciter les banques à prêter, à alléger le coût du crédit pour l’investissement et à faire tourner la planche à billets pour mettre de l’inflation dans l’économie. 

Le problème c’est que les inconvénients finissent par l’emporter sur les avantages : les épargnants sont furieux (y compris pour ceux qui comptent sur de l'assurance vie pour leur retraite), cela fait monter l’immobilier et d’autres bulles

Il y a aussi des relations perverses entre les marchés et les banques centrales, qui ont peur de décevoir les marchés. Tout cela tourne à vide, tout le monde a peur d’un krach. Le Wall Street Journal résume ainsi : autrefois les hommes sacrifiaient des cochons et des moutons pour obtenir des faveurs des Dieux, aujourd’hui, les banques centrales prennent des décisions obscures pour que la carafe en équilibre instable ne tombe pas de la table.  

Que faut-il faire alors ? 

Mario Draghi, patron de la BCE, qui avait l’air désabusé hier, l’a dit : c’est aux gouvernements d’agir, la politique monétaire a tout donné, elle n’a plus rien à donner. 

Si on regarde la conjoncture européenne, que voit-on ? Les salaires augmentent, le chômage est bas dans beaucoup de pays, la consommation tient, mais il y a un problème conjoncturel en ce moment : l’industrie allemande. La guerre commerciale, le fait que la Chine est maintenant bien équipée en machines-outils, les incertitudes du grand basculement de l’automobile vers l’électrique la mettent en difficulté, temporairement ou durablement on verra. Mais cela veut dire que Berlin devrait -c’est le moment- ouvrir la tirelire pour des grands travaux, comme viennent de le décider les Pays-Bas. Mais Berlin n’assume pas sa responsabilité de première économie européenne au motif que ses difficultés ne seraient que passagères. C’est une profonde erreur.

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La Banque centrale européenne Auteur © AFP / DANIEL ROLAND
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