Ca y est : la croissance est revenue ! Je dois avouer que j’aurais bien parlé de Woodstock comme tout le monde ce matin sur France Inter. Car le concert fut une affaire incroyablement rentable, avec un petit déficit au départ suivi d’énormes recettes pour le film et les disques. Mais on a pour une fois une vraie bonne nouvelle économique et vous auriez pu m’en vouloir de la rater. Donc la croissance a été de 0,3%. Pour être plus précis, le produit intérieur brut, qui mesure les richesses créées pendant une période donnée, a progressé en France de 0,3% entre le premier et le deuxième trimestre, alors que tout le monde s’attendait à une baisse. Je disais souvent ces derniers jours que ça allait moins mal. Là on peut carrément dire que ça va mieux. Les analystes de la banque américaine Merrill Lynch, rarement tendres avec la France, expliquent même que la récession est finie. D’où vient cette embellie inattendue ? Du commerce extérieur, et c’est deux fois encourageant. D’abord parce que le commerce extérieur plombait la croissance française depuis dix ans. Nous augmentions nos achats à l’étranger plus vite que nos ventes. Sans ce boulet, la production nationale serait aujourd’hui supérieure de 5% à ce qu’elle est, ce qui ferait 100 milliards d’euros de richesses supplémentaires. Or au printemps, nos exportations ont recommencé à augmenter, alors qu’elles diminuaient depuis plus d’un an. Et les importations, elles, ont diminué. Le résultat, c’est un coup d’accélérateur sur l’activité. Alors pourquoi la France vend mieux à l’étranger ? Ca, c’est le coup génial de la prime à la casse. Premier succès : la France a exporté cette prime dans plus de la moitié des pays européens et même aux Etats-Unis. Ca n’a pas rapporté un euro, mais c’est la preuve que nous pouvons parfois avoir des idées exemplaires de politique économique. Deuxième succès : cette prime encourage les petites voitures pas très polluantes. Or c’est justement une spécialité bleue-blanc-rouge. Nos constructeurs ont augmenté leurs exportations de 11% au deuxième trimestre, et leur production de 6%. C’est le premier signe encourageant. Et le second ? Le deuxième, c’est que, comme le commerce extérieur a tiré tout seul l’activité, les autres moteurs de la croissance n’ont toujours pas démarré. Or on sait qu’il y en a au moins deux qui vont forcément repartir – et heureusement d’ailleurs, car la prime à la casse ne va pas soutenir éternellement le marché automobile. Le premier, c’est l’investissement public – vous savez, les 1.000 projets du plan de relance. L’Etat a déjà sorti beaucoup d’argent, les dépenses ont frémi au printemps et ça va forcément se renforcer. Le deuxième moteur, c’est le restockage. Depuis l’automne dernier, les entreprises ont tellement peur qu’elles vident leurs entrepôts, elles liquident leurs stocks. Mais comme elles ne sont pas mortes dans la tempête, elles ont tout de même besoin d’avoir un peu de matériaux en réserve. Elles sont donc en train de racheter du carton pour leurs emballages, ou par exemple de l’acier. C’est pour cette raison que le haut-fourneau lorrain de Hayange a été rallumé la semaine dernière. Alors, c’est reparti ? Oui, mais avec les moteurs secondaires de la croissance. Les moteurs principaux, la consommation et l’investissement des entreprises, tournent hélas trop lentement pour sauver l’emploi.

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