Cela fait cent jours que François Hollande a été élu président de la République. Quel est son premier bilan économique ? Ce qui est frappant dans ces trois premiers mois de Hollande à l’Elysée, c’est qu’il a fait finalement beaucoup de choses. Contrairement à ce qui dit l’opposition qui joue à merveille son rôle d’opposition, on ne peut pas parler ici d’immobilisme. Je classerai les mesures en trois catégories. D’abord, le symbolique, avec le recrutement de 1.000 enseignants, la hausse de l’allocation de rentrée scolaire, le plafonnement du salaire des dirigeants dans les entreprises publiques. Ensuite, le détricotage anti-Sarkozy, avec la fin des exonérations pour les heures supplémentaires, l’arrêt de la révision générale des politiques publiques ou le rétablissement de la retraite à 60 ans pour certains salariés. Enfin les jeunes pousses, les nouvelles pistes avec la conférence sociale, l’encadrement des loyers, l’accent nouveau mis sur la croissance en Europe et l’alourdissement des impôts ciblant les entreprises et les particuliers aisés.Et donc quel jugement d’ensemble porter sur ce bilan ? Là, ça se complique. Il s’agit de beaucoup de petites mesures, on n’est pas dans le grand soir. Ensuite, il ne s'en dégage aucune idée générale, aucune ligne stratégique. Quand il est arrivé au pouvoir en 2007, Nicolas Sarkozy a pris toute une série de décisions en fonction de son slogan « Travailler plus pour gagner plus ». Pendant sa campagne de 2010, le Britannique David Cameron vantait la « Big society », la « Grande société », un thème qu’il a décliné une fois élu dans toute une série de mesures. Idem aux Etats-Unis avec Barack Obama et son « Yes we can » adressé aux classes moyennes. Avec François Hollande, on cherche toujours le fil rouge de son action. Vous n’exagérez pas un peu ? Il n’y a vraiment pas de vision ? Pour l’instant, en économie, il n’y a pas de hollandisme. Je ne suis d’ailleurs pas très sûr qu’il existe en politique. Ceci dit, si vous me forcez à chercher une ligne fédératrice, je peux finir par en trouver une, en filigrane : c’est l’idée que l’Etat sait mieux que les acteurs privés ce qu’il convient de faire en économie. C’est vrai sur les loyers, sur les licenciements, sur le salaire des patrons, et avec l’idée que pour équilibrer les comptes, il vaut mieux augmenter les impôts que baisser les dépenses publiques. Mais je ne crois pas que c’est la volonté politique de François Hollande qui s’exprime là. Il me semble que c’est plutôt le vieil inconscient socialiste qui ressort, un inconscient très, très éloigné de la réalité d’aujourd’hui. Que nous indique alors ce premier bilan économique sur la suite du mandat Hollande ? D’abord, rien n’est figé, et le discours va évoluer. On le sent par exemple déjà sur la question des entreprises. Pendant des mois, elles ont été accusées de tous les maux. Mais il sera impossible de retrouver le chemin de la croissance et de l’embauche sans elles. Les ministres vont donc devenir plus attentionnés à leur égard, plus « business-friendly » comme on dit en anglais. Ca a d’ailleurs déjà commencé dans le communique publié par la ministre du commerce extérieur Nicole Bricq la semaine dernière : « Nous avons besoin d’entreprises beaucoup plus nombreuses et beaucoup plus fortes ». Ensuite et surtout, François Hollande devra décider jusqu’où il compte s’inspirer de François Mitterrand. Après un étatisme vigoureux vite abandonné, le Premier président socialiste avait pris une seule décision économique majeure, en 1983 – le maintien de la France dans l’Europe monétaire. Ensuite, il avait seulement été un accompagnateur des grandes évolutions. Si François Hollande veut faire le changement, pas maintenant mais demain, il devra s’y atteler très, très vite.

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