Le sujet du jour, c’est le made in France. Et ce qu’il pourrait coûter si nous allions au bout de cette logique chère au gouvernement. C’est le sujet d’une toute nouvelle étude...

A en croire les sondages, les Français sont prêts à payer plus cher pour des produits fabriqués dans l’hexagone, si cela peut profiter à l’emploi. Chiche, ont dit en substance des économistes du Centre d’études prospectives et d’informations internationales, le Cepii. Ils ont chiffré ce qu’il en coûterait de remplacer les produits importés par des biens fabriqués en France. Verdict : de 1 270 à 3 770 euros par ménage par an, selon les pays d’importation (Chine, Inde et Bangladesh en tête) ou les produits concernés (articles en cuir, petit matériel électrique ou encore textile). A une échelle de consommateur, cela ferait 100 à 300 euros de surcoût par mois. Le scénario d’un rapatriement massif de notre production – déjà très hypothétique tant cela romprait avec nos habitudes d’achat- devient tout de suite moins miraculeux que dans les discours du style « Y’a qu’à-faut qu’on ».

En somme, acheter français serait trop cher pour nous. N’est-ce pas un peu réducteur ?

Ce n’est ce que nous disent ces chercheurs. Ils nous rappellent juste que tout cela est compliqué, que les problèmes économiques ne peuvent se régler d’un coup de baguette magique. Compliquée, l’équation du budget des ménages, qui consomment des biens en provenance de pays dits de délocalisation parce qu’ils y gagnent en pouvoir d’achat. « La substitution de produits nationaux aux produits importés, nous indique le Cepii, augmenterait la dépense sur les produits concernés, ce qui réduirait la consommation de services. » Ou de produits à valeur ajoutée. Et ceci rendrait plus compliquée encore l’équation de l’emploi, en définitive. Pour redynamiser la création d’emplois en France via la consommation, plutôt que de rêver de refaire ici ce que produisent massivement les pays émergents, n’y a-t-il pas plus à gagner en se décalant vers le haut. En se concentrant sur ce que l’on peut réaliser mieux que les industriels de ces pays, des produits plus performants, attractifs, à plus forte marge ou réalisés selon des process plus efficients. C’est ce que nous indiquent plusieurs exemples de relocalisation réussie.

Donc relocaliser, c’est possible ! Dans quelles conditions, selon les exemples que vous analysez ?

D’abord, on peut réimplanter en France sa production pour mieux repositionner sa marque en haut de gamme. C’est ce qu’a fait le Coq Sportif. Ensuite, on peut assumer un surcoût sur la production brute en la compensant par une diminution des services après-vente (plus simples bien sûr depuis la France) et la valeur ajoutée en marketing que devient le made in France. C’est la stratégie de Geneviève Lethu depuis 2005.

Une autre voie encore peut être de profiter d’une relocalisation en France pour, en contrepartie du surcoût, rationaliser sa fabrication et à faire entrer plus vite ses innovations en production comme le fait Qooq, des tablettes tactiles pour la cuisine. On peut même faire produire ses pièces en Chine ou en Europe de l’Est mais garder l’assemblage en France et ainsi optimiser des circuits de distribution locaux et économiser en coûts de transport, de stockage et de main d’œuvre en magasin. Le choix de Decathlon pour certains de ses vélos.

Ces relocalisations qui marchent sont celles qui dépassent la spirale mondialisée de la baisse des prix, pour faire travailler des usines françaises sur les trois dimensions de l’innovation : la technologie, le marketing et l’organisation. La vraie compétitivité, c’est surtout là qu’elle se trouve.

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