Le sujet éco du jour, ce sont les fameux objets connectés et leur sécurité. Ne serait-ce pas la nouvelle frontière du piratage informatique ?

Oui, Pierre. Le carré magique ou infernal des grands sujets qui ont dominé l’actualité économique cette semaine – croissance française, crise agricole, Grèce, Chine - nous ferait presque oublier que cela bouge, et fort, ailleurs dans le business. En particulier la high tech, notamment l' internet des objets, autremment dit les objets connectés qui semble un nouvel eldorado. Des appareils électroménagers connectés, des voitures connectées, des textiles, accessoires, pèse-personne ou brosses à dents connectées… Il n’est plus guère de bien de consommation que l’on n’essaie de rendre sinon plus efficace, au moins plus attirant, en le reliant à internet. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des monde si, en étant émetteurs-récepteurs de données via le web, ces objets ne devenaient pas de fait des vecteur de piratage informatique. Plusieurs incidents soulignent qu’il y a là matière à réfléchir. D’urgence.

Des incidents ressemblant à des signaux d’alarme… Pouvez-vous en donner quelques exemples?

D’abord, en voiture si vous le voulez bien. Deux informaticiens ont réussi à prendre le contrôle d’une Jeep via son système électronique connecté. Ils ont joué avec les essuie-glaces et le système audio, avant de passer à l’accélérateur et au freinage… Pour envoyer l’engin dans le fossé.

Passons au stand de tir. Forcément américain. Des hackers ont piraté un fusil à lunette, pourvu d’une liaison wi-fi censée rendre le tir plus précis. Ils ont modifié la visée, lui faisant manquer toutes ses cibles, puis ils ont bloqué le tir… Qu’ils auraient donc tout aussi bien pu déclencher.

Je pourrais encore vous parler d’une maison intelligente dont les pirates font « partir en vrille » les portes et la vidéosurveillance, de terminaux de paiement utilisés comme aspirateur de données bancaires… Ces anecdotes illustrent ce qui devient une priorité stratégique : la courbe de croissance de l’internet des objets en cache une autre, exponentielle : celle des risques de piratage.

Mais que faire, concrètement, pour limiter ce risque ?

D’abord, bien en prendre la mesure. Avant l’ère numérique, le principal danger avec une machine était la panne. Malveillance ou sabotage étaient très rares. Avec l’internet des objets, le spectre des attaques potentielles est à l’image du web : infini et mouvant. Des experts affirment que plus de 90 % des entreprises ont déjà été cible d’une attaque. Parfois sans s’en rendre compte. Ensuite, il faut prévenir, surtout dans les entreprises : investir dans des systèmes plus sûrs, diffuser la culture de la cybersécurité parmi les utilisateurs et aussi faire en sorte que la gestion de ce risque ne soit pas simplement l’affaire des informaticiens, mais de tous les dirigeants. Et pour tous nous motiver, il suffit de penser à l’évaluation par Microsoft de la facture potentielle de ces cyberattaques : 3 000 milliards de dollars dans les cinq ans à venir.

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