Les Français sont de plus en plus nombreux à penser que l’impôt est injuste. C’est ce que montre une étude d’un chercheur au CNRS, Alexis Spire : 88 % des contribuables considèrent que « la France est un pays où l’on paie trop de charges et trop d’impôts ». Un chiffre en hausse de 4 points par rapport à 2013.

Le sentiment d'injustice fiscale
Le sentiment d'injustice fiscale © Getty / elenaleonova

Pas qu’ils soient tous « gilets jaunes », mais ils partagent avec les révoltés des ronds-points ce sentiment. 

Tordons tout de suite le cou à une idée : quand on parle de sentiment d’injustice fiscale, cela peut traduire le souhait que l’Etat soit plus présent. Ou alors l’impression que l’effort est mal partagé. L’évasion fiscale des multinationales explique en partie ce sentiment. La suppression de l’impôt sur la fortune n’a pas non plus aidé.   

Comment expliquer que le consentement à l’impôt soit à ce point affaibli en France ? 

Ce qui est intéressant, dans le rapport à l’impôt, c’est qu’on retrouve les fractures françaises : économiques, géographiques et culturelles. D’abord, les Français les plus aisés ont tendance à mieux accepter l’impôt. Il faut dire que les plus riches bénéficient souvent de niches fiscales. Ensuite, plus vous vivez loin d’une grande ville, plus vous avez tendance à trouver les impôts injustes. On comprend bien. Ceux qui vivent en zone rurale ont l’impression d’être prélevés autant que les habitants des métropoles sans bénéficier des mêmes services publics. Les fermetures de classes, de lignes SNCF et de maternités pèsent lourd. Enfin, les personnes qui n’ont pas le bac voient les prélèvements comme étant plus injustes que ceux qui sont diplômés. Là, c’est plus surprenant. L’explication, c’est l’absence de lisibilité de l’impôt. Un prélèvement est mieux accepté quand il est compris.  

Quelles peuvent être les conséquences d’un tel sentiment d’injustice vis-à-vis de l’impôt ?

Ce ras-le-bol est peut-être en train de définir de nouveaux clivages. En mettant en concurrence les salariés de la planète, la mondialisation empêche les demandes de hausses de salaires d’émerger. Il ne reste plus que la baisse des prélèvements pour gagner du pouvoir d’achat. Résultat, la question sociale ne tourne plus autour du partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits mais autour de l’inégalité vis-à-vis de l’impôt. Les syndicats n’ont alors plus un rôle de médiateur déterminant puisque le conflit intervient avec la puissance publique. Les « gilets jaunes » s’en sont d’ailleurs pris à l’Etat plutôt qu’aux entreprises. Et ils n’ont eu aucun médiateur. Pas sûr que le pays y gagne à terme.

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