L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». _____Depuis quelques jours, les gouvernements saluent, un peu partout, des signes d’éclaircie pour l’économie mondiale. C'est une très légère brise, pas un grand vent, qui souffle quelques bonnes nouvelles. Cette petite brise est partie de Chine. Hier, la bourse de Chang-hai a fini à son plus niveau depuis huit mois parce qu’un certain nombre de gens se disent que le fond a été atteint. La production industrielle est solide et la baisse des exportations ralentit. En Corée, à Taiwan aussi, un palier semble avoir été atteint. Aux Etats-Unis, Barack Obama a évoqué pendant le week-end, je le cite, des “ lueurs d’espoirs ” sur l’immobilier, sur la consommation. Et en France me direz-vous ? Eh bien, un chiffre a surpris dans le bon sens, c’était juste avant le week-end, c’est l’indice de la production industrielle. En février, elle a stagné et non plus reculé comme tous les mois précédents. Entre septembre et janvier, elle dégringolé en moyenne de 3% par mois. C’est donc mieux ou moins pire ! Mais est-ce que c’est significatif ? Tout dépend du sens de ce mot. Si on comprend ces petites éclaircies comme le signe qu’on a peut-être touché le point bas, qu’on entend le bruit de la pièce de monnaie toucher le fond du puits, cela veut dire quelque chose. Si cela se confirme dans les prochaines semaines. Mais si on imagine que c’est la reprise, alors là, non, ce n’est pas le sujet du tout. Un petit rayon de soleil ne doit pas aveugler. Personne ne sait quand – mi 2009, 2010 - aura lieu la vraie reprise et sa forme. J’ai déjà évoqué ici la possibilité d’une reprise en V, le rebond après la chute, qu’espèrent les Etats-Unis. Il y a celle d’une reprise en U, plus lente, pour l’Europe et celle de pas de reprise du tout, c’est le L. Et puis le scénario d’une fausse reprise portée quelques mois, mais quelques mois seulement, par les plans de relance : ce serait un W. C’est le plus à la mode. Peut-on attendre, quand même, un ralentissement du chômage ? On a bien envie de dire oui. Mais en fait, non, il serait illusoire de le faire croire. D’abord parce que les signaux d’aujourd’hui ont lieu à un niveau très bas. Rendez-vous compte, la production industrielle japonaise a plongé d’un tiers, en France, elle est en recul de 17,8% sur un an, bien plus bas qu’en 1993. Cela veut dire qu’il faudra du temps pour remonter. Si jamais le fond était touché, il faudra remonter et il faudra du temps. Et les entreprises mettront du temps avant de reprendre confiance dans leurs carnets de commandes. Les destructions d’emplois sont donc sur un élan encore puissant. Et puis, nous allons arriver à l’été, avec les cohortes de bacheliers et d’étudiants ayant fini leurs études supérieures, qui vont chercher du travail. On peut craindre que le chômage continue sur son rythme élevé. Alors, à quels signes verra-t-on la tendance vraiment s’inverser ? Question plus légère ! Une journaliste a cherché les bons indicateurs de conjoncture, ceux qui sont "in", ceux qui sont "out". Alors, out : longtemps, on a jugé que l’industrie du papier- carton et celle des chariots élévateurs étaient de bons thermomètres : c’est fini. L’ancien Premier ministre Pierre Bérégovoy, lui, comptait les camions sur l’autoroute de Nevers, çà c’est encore bon. Mais les meilleurs indicateurs aujourd’hui, c’est la consommation d’électricité et le moral des patrons … belges qui, on ne sait pourquoi, anticipent bien ce qui va se passer en France ! On saura donc grâce à eux si les derniers signaux annoncent la reprise, un rebond ou seulement un répit.

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