Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a pris pour la première fois position contre l’euro fort samedi. C’est une révolution ?

Il est toujours gênant d’utiliser le mot « révolution » à tout bout de champ, juste pour attirer l’attention ! Mais oui, c’est une « petite » révolution dans l’histoire de l’euro et c’est une bonne nouvelle – à vrai dire attendue depuis quelques semaines. Cela veut dire que le pilote du navire euro est prêt à sortir des sentiers battus pour que le bateau ne se fracasse pas contre les rochers. Alors, vous allez voir, ce sentier nouveau, il faut prêter l’oreille, c’est une simple phrase de Mario Draghi (je la cite) : « une appréciation du taux de change rendrait nécessaire un nouvel aménagement de la politique monétaire » (fin de citation).

Et ces quelques mots sont importants ?!

Cela a l’air de rien, mais la BCE dit en gros : l’euro fort, ça suffit, et vous allez voir ce que vous allez voir – je vais ouvrir mon armurerie. Cela rappelle un autre discours de Draghi de juillet 2012, quand il avait assuré qu’il était prêt à faire « tout, quel qu’en soit le coût » pour sauver l’euro. Cela avait stoppé la spéculation et avait mis fin à la phase aigüe de la crise de l’euro. Cette fois-ci, il met le pied sur un terrain, celui du taux de change, que les Allemands ont toujours interdit à la BCE parce qu’ils veulent – ils voulaient jusqu’à maintenant – que la BCE n’ait qu’un objectif, qu’une mission, la lutte contre l’inflation.

On a envie là d’avoir les réponses à deux questions : pourquoi ce changement de pied et comment va-t-il faire ?

Ce qui inquiète dans la petite reprise que connaît la zone euro actuellement, c’est qu’il n’y a pas assez d’inflation. Cela a l’air bizarre de dire cela, mais un peu d’inflation est nécessaire pour alléger les dettes. Or, en mars, les prix dans les 18 pays euro n’ont progressé que de 0,5% - au plus bas depuis la catastrophe de 2008. Ce n’est pas la déflation, mais la faiblation (faible inflation) – selon l’expression de mon confrère Guillaume Maujean – tout est trop mou. Et – on y vient – une partie de cette situation s’explique par la montée de l’euro puisque cela réduit le prix des produits importés. A 1,39 dollar, l’euro est fort, trop fort, non seulement pour l’exportation, les entreprises le disent, mais aussi pour les prix – le juste taux serait autour de 1,20. Et l’euro est fort parce que les capitaux quittent les pays émergents.

Et donc, comment Mario Draghi compte-t-il agir ?

L’arme qui peut être utilisée, ce sont les taux d’intérêts négatifs. Quand les banques placent des euros à la BCE, elles ne seraient plus rémunérées, mais devraient payer – autant dire qu’elles achèteraient moins d’euros, qui du coup monterait moins.

Ça peut marcher ?

Pour l’instant, ce sont des mots. Et Draghi ne s’est pas fixé d’objectif de taux de change. Et il doit composer avec les intérêts différents de Paris, Berlin ou Rome. Mais ces propos à un mois et demi d’élections européennes qui risquent d’être profitables aux anti-euros, (ces propos) ont une vraie importance politique. Même tardifs, Ils doivent être salués.

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