On connaîtra aujourd’hui l’ampleur de la hausse du SMIC au 1er janvier prochain. Selon toute vraisemblance, il n’y aura donc pas de coup de pouce gouvernemental. Est-ce une surprise ?

Non, pas du tout, Xavier Bertrand, le ministre du Travail, l’a déjà presque dit. Le SMIC devrait suivre les prix (on connaîtra aujourd’hui la formule exacte) et augmenter d’environ 1,6%. Il atteindra environ 9 euros bruts par heure, 1.365 euros bruts par mois. Un salarié sur dix sera concerné par cette revalorisation, surtout des temps partiels du commerce ou de l’hôtellerie restauration, et d’abord dans des petites entreprises. On connaît les arguments contre les coups de pouce. Il y a l’idée qu’ils écrasent la hiérarchie des salaires qui sont juste au dessus, ce qui génère du mécontentement. Il y a la crainte de pénaliser l’emploi. Il y a, surtout, la crainte de dégrader la compétitivité de la France par rapport à ses partenaires sur les emplois peu qualifiés.

Le coût horaire de la main d’œuvre a augmenté de 30% entre 1998 et 2008 en France, contre la moitié en Allemagne. En niveau, le coût de l’heure de travail, selon l’organisme COE Rexecode, serait désormais plus élevé ici que de l’autre côté du Rhin dans l’économie en général -sauf dans l’industrie, où l’Allemagne est encore au-dessus. Ce sont des arguments convaincants ? Ils pèsent lourd ! Pas pour les grandes entreprises qui peuvent supporter des hausses du SMIC (et qui comptent d’ailleurs peu de smicards). Mais pour les PME, ces arguments sont déterminants. Cela étant, la question est de savoir si l’on n’arrive pas au bout d’un système. Un système qui fait que d’un côté, l’Etat allège (beaucoup) les charges sociales des entreprises pour qu’elles soient compétitives ; et que, de l’autre côté, il soutient (beaucoup), avec des prestations, le pouvoir d’achat des salariés peu payés qui vivent mal avec le seul SMIC.

Quand on regarde de près –une étude vient de le faire-, on s’aperçoit que ces prestations (Prime pour l’emploi, RSA, allocation logement et familiales) assurent une part croissante des revenus de ces salariés. Pour un couple avec un seul actif et deux enfants, c’est maintenant 44 % de leurs ressources. Pour un ménage travaillant à mi-temps, le salaire correspond à moins du tiers de leurs revenus ! Compte tenu des déficits publics, c’est difficilement tenable et il n’est pas question de faire plus.Quelle solution, alors ?

Cela fait vingt ans que les pays occidentaux la cherchent sans la trouver ! La sortie par le haut est bien sûr d’agir sur la formation pour que le travail non qualifié devienne qualifié. L’Irlande expérimente une autre solution radicale, la baisse du salaire minimum. En fait, la meilleure solution serait, en zone euro, de rapprocher les systèmes de prélèvements sociaux et fiscaux. Au-delà, chacun croise les doigts pour que les salaires augmentent en Chine ou en Inde. Tandis que les opinions publiques des pays riches vont exiger, et c’est de plus en plus compréhensible, de la réciprocité, autre nom d’une certaine forme de protection (ou de protectionnisme), de la part de ces pays qui ne sont plus émergents mais bien émer-géants.

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