Quatre jours après son annonce, on ne connaît toujours pas les modalités de la hausse de 100 euros du revenu des smicards. Blaise Pascal avait-t-il déjà tout dit ?

Les experts du gouvernement s’arrachent littéralement les cheveux parce qu’ils ne savent pas comment faire et, hier soir, ils n’avaient toujours pas trouvé de solution. 

Bon, on rassure les auditeurs : ils en sans doute trouveront une. Mais pourquoi est-ce si compliqué ? Eh bien, il faut se repasser le film, en accéléré. 

-Acte 1 : un coup de pouce au Smic est écarté, pour ne pas alourdir le coût du travail pour les entreprises. La revalorisation légale sera de 1,5%, le smic passera à 10 euros bruts de l’heure (facile à retenir). 

- Acte 2 : Emmanuel Macron annonce que tous les smicards verront leur revenu augmenter de 100 euros. 

- Acte 3 : on nous explique que cela passera par la prime d’activité, versée en complément de salaire par l’Etat sous conditions de revenu. 

- Acte 4 : on s’aperçoit (aie) que cette prime ne concerne pas tous les smicards. Problème. 

- Acte 5 : on patauge. 

- Acte 6 : on patauge gravement, et on apprend au passage, c'était hier, que ce sera 125 euros et non 100. 

Du coup, chèque Smic, réforme de la prime d’activité, allègement de cotisations salariales, patronales : tout vraiment tout est sur la table. Si des auditeurs ont des idées, qu’ils les envoient au gouvernement avant mercredi... 

Selon toute vraisemblance, cette bonne nouvelle pour les smicards (qui le restera) se traduira par une belle usine à gaz. Je dirais même plus, carrément une zone industrielle (image empruntée à l'excellent économiste Jean-Marc Daniel) ! 

On plaisante, mais à peine. Quelle leçon en tirer ? 

Il y a un dysfonctionnement caricatural dans la façon dont cette idée présidentielle a été conçue, manifestement sans beaucoup de préparation et de concertation. Le président voulait une mesure simple à retenir et il a raison, ce qui est complexe n’est pas compris ou est oublié -il a fallu de la même manière que la hausse des taxes sur les carburants soit annulée et non plus suspendue pour que le message passe. 

Mais dans l’urgence, pour doucher et éteindre l’incendie des Gilets Jaunes, l’ordre venu d’en haut se heurte à ce que peuvent faire les technocrates, toujours critiqués mais dont il est difficile de se passer. 

Au final, plusieurs millions de personnes vont être concernées et il y a fort à parier que l’enveloppe nécessaire sera de plusieurs milliards d’euros, supérieure en tous cas à ce qui a été annoncée jusqu’à présent. 

Pour paraphraser Blaise Pascal : la complexité technocratique a parfois ses raisons que la raison ne connaît pas !

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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