Dans exactement 10 minutes, l'Insee publiera le chiffre de la croissance 2012, évidemment très attendu.

Oui, nous connaîtrons le niveau de la croissance au quatrième trimestre, nous saurons s'il y a eu une récession en fin d'année, et nous disserterons toute la journée sur la croissance de 2012, qui a été proche - selon toute vraisemblance, je ne sais pas moi à cette heure-ci - (qui a été proche) de zéro. On disséquera chaque moteur, ceux qui ont cassé, ceux qui ont tenu. Et le débat politique s'enflammera. Il reste donc neuf minutes pour prendre un peu de distance, calmement, et dire qu'à la fin 2012 - çà c'est certain - la France n'avait toujours pas retrouvé le niveau d'activité du début de l'avant-crise, cinq ans n'ont pas effacé la crise. C'est totalement inédit depuis 1945. Et c'est évidemment intéressant.

Comment le sait-on ?

L'Insee a eu la gentillesse, pour nous à France Inter ce matin, de faire un calcul et un tableau. Le point haut de la conjoncture, c'était début 2008. Eh bien, si ce point est un indice 100, la croissance, fin septembre, était de 99,16. On saura dans huit minutes que cet indice est resté très loin de 100 fin décembre. Avec cette courbe très simple, on voit ce qui s'est passé. La grosse dépression de 2009, la remontée de 2010 grâce à une politique de soutien budgétaire énorme, puis, à nouveau, le calme plat depuis.

Quelle lecture faire de cette information ?

Sur le plan politique, on voit que le début de François Hollande n'est pas plus brillant que la fin de Nicolas Sarkozy. Ou l'inverse et réciproquement. Sur le plan économique, quelque chose saute aux yeux : cinq pour rien, cinq ans de croissance zéro en moyenne, cela n'était pas arrivé depuis trois générations et demi. Tous ceux qui prônent la main sur le cœur les vertus de la croissance zéro l'ont sous les yeux, ils devraient jubiler, et on ne les voit pas jubiler. Ils rasent les murs. Si on voulait vraiment être caustique, on remarquerait qu'en réalité l'activité par tête a baissé puisque le nombre de Français a nettement augmenté en cinq ans.

Quoi d'autre ?

Il nous reste sept minutes pour poser ce qui doit être la vraie question, à laquelle malheureusement on n’a pas de réponse. Cette panne, est-ce un trou d'air plus long que les autres ? Ou est-ce un changement de couche dans l'atmosphère ? Autrement dit, après la crise financière, la convalescence est lente mais le malade remarche comme avant ; ou il y a quelque chose de cassé et de toute façon il faut s'habituer à une croissance nulle ou presque.

Et alors ?

Les deux thèses existent. Côté gris clair, on voit que les Etats-Unis repartent, c'est presque un miracle même si cela a été long ; mais tout leur est pardonné, la planche à billets, des déficits abyssaux ; et donc cela finira par repartir chez nous aussi; c’est le pari du gouvernement ; côté gris foncé, on constate en France une panne de productivité des entreprises et du secteur public inquiétante. La production industrielle, elle, n'est pas au même niveau qu'en 2008, mais 16% en dessous.

Conclusion sur ce sujet ?

Dans six minutes, nous dépiauterons les urgents AFP et la note de l’Insee pour chercher un début de réponse qui ne s’y trouvera pas.

Un dernier mot ?

Jean-Marc Ayrault a annoncé officiellement, hier soir, que la France ne respectera pas l’objectif de trois pour cent de déficit. C’est la première fois que cela arrive seulement 43 jours après un début d’année, ne nous étonnons pas que la France ait une crédibilité égale à zéro.

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