L'édito éco de Dominique Seux du journal "Les Echos". ___ C'est aujourd'hui qu'on en saura plus sur le nouveau taux de rémunération du Livret A, le produit d'épargne préféré des Français - c'est la formule consacrée ! C'est aujourd'hui que l'ingrédient principal qui va déterminer le taux de rémunération à partir du 1er février sera connu. Cet ingrédient, c'est le niveau de l'inflation en France à fin décembre, qui sera publié à 8 heures 45 par l'Insee. Alors, ce chiffre est attendu d'abord parce que tout le monde ou presque a un Livret A ou un des produits proches, le Livret d'épargne populaire ou le compte épargne logement. Au total, cela représente près de 200 milliards d'euros. La seconde raison, c'est que la Banque Postale, les Caisses d'épargne, le Crédit Mutuel ne sont plus les seuls à distribuer le Livret A, toutes les banques le font depuis le 1er janvier. Cela marche fort, le Crédit Agricole a enregistré deux millions de demandes d'ouverture de livrets. Et puis la dernière raison de l'intérêt aujourd'hui, c'est que le taux va baisser très nettement. Aujourd'hui, il est à 4%. Il va baisser parce que les prix ont arrêté de galoper. Alors soyons concrets, mon petit doigt me dit que l'inflation en glissement annuel hors tabac a été fin décembre autour de 1,1%. Si on prend cet élément, on touille un peu avec d'autres données, on arrive à un taux normal du Livret A de ... 2%. A moins que le gouvernement décide autre chose. Doit-il le faire ? Tous les arguments strictement économiques disent que non. Ils militent pour un taux le plus proche possible de la réalité économique. L'inflation a ralenti nettement, il n'y a aucune raison de rémunérer à un niveau élevé l'épargne totalement disponible, liquide comme l'on dit par rapport à l'épargne investie dans d'autres produits comme l'assurance-vie. C'est le taux de 4% qui est totalement hors norme. Un taux de 2% avec une inflation autour de 1%, mais surtout qui va continuer à reculer dans les prochains mois, laisse plus de pouvoir d'achat que depuis longtemps. Ensuite, la baisse des taux permet aux organismes HLM de financer davantage de projets. Enfin, il n'est pas raisonnable d'inciter les ménages à épargner plutôt qu'à consommer. Donc, les arguments plaident vraiment pour un taux qui s'ajuste correctement. Mais il y a aussi la politique. La politique a ses raisons que la raison économique ne connaît pas ! Le ministère des finances, la Banque de France, poussent vraiment à la sagesse. François Fillon, lui, hier soir, n'avait pas encore arrêté son choix, et la décision reviendra à Nicolas Sarkozy, qui peut décider un petit coup de pouce, par exemple un taux à 2,25% ou même changer le système de calcul. Pourquoi ? Pour donner un signal politique sur le pouvoir d'achat. L'idée de prendre une décision qui n'emballe pas les banques peut même être populaire. Mais attention : si on paie un taux d'intérêt élevé aux épargnants, on ne pourra pas baisser les taux des emprunteurs, les crédits immobiliers, les découverts, etc. Il y a une autre donnée à rentrer dans l'équation, c'est la décision de la Banque centrale européenne demain. Si elle diminue d'un demi-point son principal taux directeur, à 2%, le gouvernement aura un argument fort pour fixer le taux du Livret A à 2%. Si la BCE ne bouge pas ou peu, ce sera plus difficile. Pari est fait sur un taux à 2%. Mais la période est tellement exceptionnelle que tout est possible. Réponse au plus tard demain.

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