**Le ministre du Budget, Eric Woerth, annonce dans « L’Express » que sa fameuse cellule anti-évasion fiscale a fait rentrer 700 millions d’euros dans les caisses de l’Etat.Je rappelle le dispositif. Entre avril et le 31 décembre 2009, les Français qui avaient de l’argent à l’ombre dans des pays à fiscalité allégée, des paradis, ont pu régulariser leur situation vis-à-vis du fisc avec des pénalités allégées, se blanchir en quelque sorte : c’est la cellule de « dégrisement » fiscal, le guichet Woerth. Et à l’heure du bilan, 3.500 personnes sont venues, la tête basse, se présenter au fisc avec leur carnet de chèques, les ¾ de Suisse, le reste du Luxembourg, du Lichtenstein et de Belgique. Et finalement, alors que ce « guichet » a souvent été vu comme un gadget, une opération de com, les sommes sont rondelettes : 6 milliards d’euros sont remontés vers Paris et le fisc va gagner 700 millions d’euros en impôts. 6 milliards pour 3.500 personnes, çà fait une moyenne de 1,7 million par personne, mais cela ne veut rien dire, il peut y avoir des très gros revenants comme des petits. Qu’est-ce qui a marché ? Un peu la carotte, beaucoup le bâton. La carotte, c’est un accueil personnalisé, avec l’anonymat garanti. Ceux de nos auditeurs qui habitent Paris et passent devant l’Eglise Saint-Sulpice ne se doutent pas que la cellule est là, sans plaque même je crois. Et la carotte, cela a été aussi un taux de pénalités de 11%. Mais c’est surtout la peur qui a été conseillère. Eric Woerth a brandi sa liste de milliers de noms fournie par l’ex-salarié de la banque HSBC. Et il a répété qu’après le 31 décembre, fini, le guichet serait fermé et qu’il lancerait ses limiers sur la trace des fraudeurs : du coup, le 31 décembre même, il a reçu 250 dossiers ! Pour l’anecdote, il y a un élément curieux que personne ne s’explique. Il y a très très peu de clients de HSBC dans les retours alors qu’on aurait pu supposer qu’ils se précipiteraient… Ce guichet a quand même été beaucoup critiqué…On l’a comparé avec l’amnistie italienne qui a eu lieu en même temps. 100 milliards d’euros sont rentrés en Italie, et le Budget a encaissé 6 milliards, plus que nos 700 millions. A Bercy, on répond que les Français n’accepteraient pas une vraie amnistie, le mot même est tabou. En Italie, les pénalités étaient deux fois moins élevées qu’ici. Cela étant, la France a pratiqué des amnisties fiscales en 1952, 1958 et 1986, avec Jacques Chirac. La seconde critique, très libérale, explique que s’il y a fuite vers les paradis fiscaux, c’est parce que la France est un enfer fiscal. Certes, il y a l’ISF, unique en Europe. Mais cet argument ne tient plus avec la quasi-suppression des droits de succession, les baisses de l’impôt sur le revenu et le bouclier fiscal. A noter d’ailleurs que le guichet Woerth rapporte 700 millions, le coût justement du bouclier fiscal : le retour des repentis finance ceux qui sont derrière ! Alors, bonne ou mauvaise opération ?Le problème de ce genre d’opération, c’est ce qui se passe après, une fois les caméras et les micros partis. Mais en attendant, on peut dire qu’Eric Woerth fait son métier de ministre du Budget, il fait le job ! « Les Echos » qui ne sont pas en kiosque ce matin… le quotidien est touché par une grève...**

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