L’événement économique et social du week-end, c’est l’accord sur la réforme du marché du travail. Alors, historique ou pas ?

Cette question appellerait une définition de ce qui est historique ! Disons qu’il n’est pas incroyable, exceptionnel, parce que deux des principaux syndicats, la CGT et FO, ne le signeront pas. Ce n’est pas non plus un accord de rupture totale parce qu’il ne fusionne pas les CDD et les CDI par exemple. Mais c’est un bon accord, majeur. Puis-je vous raconter une anecdote ? Jean-Marc Ayrault, dans son discours de politique générale de juillet dernier, avait prévu d’inviter le patronat et les syndicats à conclure un accord « historique ». Il avait envoyé son projet de discours à François Hollande qui lui avait corrigé au feutre rouge en ajoutant : un accord « à bien des égards» historique. Nuance restrictive, prudente et justifiée.

Qu’est ce qui est neuf avec cet accord ?

C’est simple : c’est la première fois depuis longtemps que la France accouche d’une réforme sans conflit social majeur. Pensez aux retraites, aux taxis etc. L’Europe, les observateurs, voulaient savoir si c’était possible. C’est possible. Laurent Berger, tout neuf à la CFDT, et Laurence Parisot, peuvent s’en féliciter. Michel Sapin, le ministre du Travail, pourra aussi si le texte est transcrit tel quel au Parlement, ce qui n’est pas gagné.

Et sur le fond, le contenu ?

L’objectif du patronat, c’était de raccourcir les procédures de plans sociaux (8 à 12 mois), d’éviter des procès à n’en plus finir et de pouvoir réagir plus vite sur les effectifs quand la crise frappe à la porte des entreprises. Bref, de la souplesse pour gérer les emplois. Les syndicats, eux, voulaient protéger davantage les personnes. Les salariés en CDD très courts ; ceux sans complémentaire santé etc. Au total, il y a une prise de conscience que la France ne peut pas continuer à se regarder dans la glace avec un taux de chômage supérieur à 7% depuis exactement trente ans, même quand la croissance est là. Impossible de dire que tout doit continuer comme avant.

Et donc ?

Tactiquement, les négociateurs ont bien joué. Tout le monde – médias compris – s’est focalisé sur la taxation des CDD alors que c’était le doigt qui cache la lune ou si vous voulez un cache-sexe du sujet principal, donner plus de poids aux accords d’entreprise. Pour avoir plus de flexibilité interne et moins recourir à la flexibilité externe. D’où les deux nouveautés : un, les procédures de licenciement sont simplifiées, tant mieux ; deux, les entreprises pourront négocier des accords sur les salaires et le temps de travail si elles maintiennent l’emploi – le mot important est négocier. Tout le monde peut y gagner. Tout le monde sauf les juges et les avocats ! C’est un accord de flexisécurité ou, plutôt, de sécuflexibilité.

Politiquement, c’est une bonne nouvelle pour François Hollande ?

Incontestablement. Mais on peut dire aussi que comme sur le coût du travail et la hausse de la TVA, c’est un sacré virage.

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