Hier, Manuel Valls a souhaité que la solidarité des pays européens avec la France ne se manifeste pas seulement dans la rue, mais aussi dans les budgets. Une revendication ancienne.

Ancienne, légitime, mais pas plus facile à concrétiser aujourd’hui qu’hier. Pourquoi est-ce légitime ? Quand la France intervient au Mali contre les djihadistes, c’est l’Europe toute entière qu’elle protège. Et quand on regarde les chiffres, on voit que l’effort de défense tricolore (en pourcentage du PIB) est plus élevé ici qu’en Allemagne, en Italie, en Espagne. Non seulement ces pays ont peu de soldats engagés, mais ils consacrent moins d’argent aux missions de défense. Deux exceptions seulement : la Grande-Bretagne et la Pologne. Mais donc, oui, il y a une logique à réclamer de la solidarité.

Mais ce qui est compliqué, c’est que tout le monde n’a pas les mêmes priorités, non ?

C’est cela qui empêche qu’il y ait aujourd’hui un budget européen de la Défense –on verra si les attentats à Londres, en Espagne, aujourd’hui en France, changeront un jour la donne. Il y a des pays neutres, comme la Suède. Mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel est que, pour l’instant, tous les pays ne regardent pas dans la même direction. L’Europe de l’Est s’intéresse à l’Ukraine et s’inquiète de la Russie ; l’Europe du Sud suit de près ce qui se passe au Maghreb et au Moyen-Orient. La Grande-Bretagne est épuisée après l’Irak. L’Allemagne intervient peu. Donc, on est encore loin d’un budget commun sur ce qui est le cœur de la souveraineté d’un pays, sa sécurité. Pourrait-on mettre en commun des moyens contre le terrorisme ? Peut-être.

Faute de budget européen de défense, d’autres modes de partage existent quand même.

Il y en a trois. Un : certaines opérations se font malgré tout au nom de l’Union européenne, sur fonds de Bruxelles. Exemples. La mission Atalante de lutte contre le piratage en mer ; la formation de l’armée malienne (c’est un général espagnol qui commande) ; la sécurisation de Bangui, en Centrafrique. Ensuite, il y a la mise en commun de matériels entre pays, comme des avions ravitailleurs. Mais c’est anecdotique. Troisième piste : la France porte l’idée depuis longtemps que l’on sorte les dépenses militaires des déficits publics pour tenir compte des différences. Pour l’instant, cela n’a jamais abouti et l’Italie peut dire qu’elle, elle dépense de l’argent à Lampedusa pour les réfugiés. Bref, vous le voyez, le partage des dépenses de sécurité – sous une forme ou une autre – est restée jusqu’à maintenant une chimère.

En attendant que cela change un jour peut-être, une certitude : en France, il faudra faire des choix.

S’il faut relever les dépenses de renseignement et de sécurité intérieure d'une part, et les crédits des forces dites de projection d'autre part, des économies devront être réalisées ailleurs. Cela ne pourra pas être au sein des personnels du ministère de La Défense qui auront perdu, entre 2008 et 2018, pas moins de (écoutez bien et retenez ce chiffre) 80.000 hommes.

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