Le message économique de la lettre d'Emmanuel Macron est d'une simplicité biblique : il n'y a pas de trésor caché sous le tapis. Traduction : "si vous voulez baisser les impôts, il faudra trouver des économies, allez-y, dites-moi lesquelles !". Nous sommes tous renvoyés à nos contradictions.

Sur le terrain économique, l’image qui s’impose est celle d’un président debout, comme il l’était physiquement pour le 31 décembre. Le 10 décembre, il avait avalé son chapeau en sortant, justement, de son chapeau plus de 10 milliards d’euros. Il l’avait manifestement avalé de travers puisque qu’il n’en dit pas un mot dans sa lettre, mais il n’ira pas plus loin. 

Il ne remettra ainsi pas en cause la demi-suppression de l’ISF. C'est bien sûr ce que ses opposants critiquent ce matin mais cela fait 30 ans qu’on en parle, laissez-moi deux ans pour qu’on voit au moins ce qui se passe, dit-il en substance. 

Pour le reste, tout est ouvert, et surtout de nouvelles baisses d’impôts

Mais le message principal est ailleurs, et c’est celui-ci : il n’y a pas de trésor caché, pas d’argent sous le tapis. Il renvoie les Français à leurs contradictions, à nos contradictions. Vous voulez jouer à çà, moins d’impôts, davantage de services publics, eh bien allez-y, je vous écoute. Beaucoup de Français, écrit-il, paient déjà un impôt sur le revenu parfois lourd, et la France est très redistributive. Ce qui est indubitable parmi les grands pays. 

Ce rappel n’est pas anodin, c’est une façon aussi de s’adresser à ceux qui financent plus que d’autres les services collectifs, les lassés des Gilets Jaunes, qui constituent sa base électorale. 

On peut imaginer que Macron a rédigé certaines questions avec le sourire : vous voulez moins de taxes, alors quelles collectivités locales supprimer ? Améliorer des services publics, oui, mais lesquels doivent passer à la trappe ? 

Bref, on ne rase pas gratuit, les finances publiques sont un jeu à somme nulle.  

Pas de trésor caché, c’est si sûr que cela ? On verra ce qui remontera du débat. 

Mais parions que la colonne hausse de dépenses sera aussi haute que la colonne baisse d’impôt. Il y a donc un problème. 

Dans ce cas, la solution miracle, entend-on souvent, s’appelle lutte contre l’évasion fiscale : mais qui peut croire que Bercy se tourne les pouces ? Et elle s’appelle taxation des très aisés : mais qui peut croire qu’un, deux ou même cinq milliards par ici ou par là changeraient tout alors que les dépenses publiques dépassent les 1.300 milliards d’euros. 

Bon courage d’abord aux Français pour faire des miracles.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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