Le député européen du RN Jordan Bardella accuse Emmanuel Macron de "ne pas être la France". Des propos rances dont les sous-titres implicites sont de mauvaise mémoire.

Jordan Bardella invité du 7/9 au micro de Nicolas Demorand et Léa Salamé
Jordan Bardella invité du 7/9 au micro de Nicolas Demorand et Léa Salamé © Radio France

Jordan Bardella, on le rappelle, est député européen élu sur la liste du Rassemblement National. Et il a longuement défendu l’idée que (je le cite) Emmanuel Macron "n’est pas de France". Je le cite complètement : "beaucoup de nos compatriotes ont le sentiment qu’il ne défend pas les intérêts français, qu'il défend des intérêts privés, qu'il défend parfois les intérêts de puissances étrangères"

Vous avez réagi mais il faut revenir sur cette phrase assez indigne en vérité. Cette phrase se lit à deux niveaux. 

Le premier n’est pas le plus scandaleux : c’est l’accusation lancée contre un Emmanuel Macron qui ne prendrait pas à cœur l’intérêt national. On a déjà connu cela avec Jacques Chirac qui avait dénoncé en Valéry Giscard d’Estaing le "parti de l’étranger" (c'était en 1978 – l’appel de Cochin). C’est de la politique et une discussion est possible sur la France en Europe et dans le monde. 

Mais c’est le second niveau qui est insidieux. En ajoutant les mots "intérêts privés" et "puissances étrangères", Jordan Bardella n’accuse pas seulement le président d’être un traître à son pays, il renvoie subrepticement, sans le dire, au cosmopolitisme et aux quelques années d’Emmanuel Macron à la Banque Rotschild. Les mots "apatrides" et "anti-France" n'y sont pas, mais c'est tout comme. Pas besoin d’être expert en RN pour suivre la flèche. Mais évidemment, comme c’est du non-dit, on ne peut pas aller plus loin... 

Et sur le fond ? C’est pathétique. Jordan Bardella a cité BlackRock, le fonds d’investissement américain, comme preuve des intentions cachées du pouvoir dans la réforme des retraites alors que le Crédit Agricole, la BNP, Axa et d’autres sont bien plus intéressés par la fenêtre entrebâillée à la capitalisation (300 000 personnes sur 30 millions, 1%). 

Les non-résidents détiennent 55% de la dette publique française, ils permettent donc à la France de financer ses déficits. Les entreprises étrangères en France (17 000 environ) assurent des millions d'emplois et exportent. 

Bien sûr, le choix d’Emmanuel Macron de vendre la branche énergie d’Alstom à General Electric (sous la présidence Hollande) se discute, comme la liberté est totale de critiquer sa politique économique, fiscale  et industrielle, mais les insinuations qui sentent le rance sont de trop

Au total, Jordan Bardella a 27 ans de différence avec Marine Le Pen, mais on voit que le nouveau RN, en économie, n’a rien appris depuis le fameux débat d’entre-tour de 2017 qui avait ridiculisé la cheffe de l’extrême-droite.

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