L’édito éco de Dominique Seux, des "Echos". ___Ce soir à minuit, les Français commenceront à travailler pour eux, et non plus pour l’Etat. C’est ce qu’affirme une association qui s’appelle Contribuables associés, qui s’affiche actuellement sur les kiosques à journaux parisiens. Le nom de l’association exprime bien son ambition, défendre les contribuables. Alors, son affirmation est en fait assez contestable, on va le voir, mais c’est vrai qu’elle a aussi un intérêt. Contribuables associés explique qu’en 2009, ce qu’elle appelle le jour de libération fiscale est le 15 juillet. Jusqu’à cette date, entre le 1er janvier et ce soir minuit, les Français travaillent pour payer les dépenses publiques. Après, ils travaillent pour eux-mêmes. Le calcul s’appuie sur la part des dépenses collectives dans l’économie, un peu plus de 53% du PIB, de la production nationale. Vous prenez les 365 jours de l’année, vous appliquez ce taux et vous arrivez au 15 juillet. La conclusion politique est que les Français sont « libérés » 41 jours après la moyenne des 30 comparables de l’OCDE. Ce calcul n’est pas nouveau. C’est un homme d’affaires américain qui en a inventé le principe en 1949, l’idée étant de protester contre la pression fiscale. L’économiste très libéral Milton Friedman l’a repris en 1980, et a même proposé de créer une nouvelle fête nationale, le jour de l’Indépendance personnelle, le jour où les Américains commencent à travailler pour eux-mêmes. En France, pur hasard mais clin d’œil amusant, le 15 juillet tombe au lendemain du 14 : c’est la prise de Bercy après celle de la Bastille ! Que penser de cet indicateur sur le fond ? Il a l’avantage de rappeler que la part des dépenses collectives est très importante en France, plus que dans la plupart des pays, la France ayant même battu la Suède il y a quelques années. Mais cet indicateur a aussi ses limites. Il faut le prendre avec des pincettes. Il y a d’abord les réserves « théologiques » sur la comparaison des dépenses publiques. D’abord parce que travailler pour payer les dépenses collectives, c’est travailler pour soi, l’éducation de ses enfants, les routes etc. Ensuite parce que la santé est payée par la solidarité en France, pas dans certains pays, mais les Américains doivent payer une mutuelle de leur poche. Dans les deux cas, il y a une dépense, qu’elle soit bien ou mal gérée c’est autre chose, mais c’est difficile de comparer sans nuancer. Ce n’est pas tout, parce que le plus intéressant, cette année, n’est pas le poids des dépenses publiques : en période de crise, il est normal qu’elles jouent un rôle d’amortisseur. Ce qui est important, ce sont les dépenses non financées parce que les recettes ne rentrent plus. En clair les déficits publics qui annoncent les hausses d’impôts de demain. La date importante à retenir n’est donc pas celle à partir de laquelle les Français travailleraient pour eux, mais celle à partir de laquelle les dépenses publiques sont financées à crédit. Cette année, le déficit de l’Etat, écoutez bien, sera peut-être de 130 milliards d’euros sur 290 milliards de dépenses. Ce n’est qu’un hasard mais cette date sera aux alentours de la fin juillet début août. Et elle est bien plus inquiétante que l’autre.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.