Le gouvernement doit cesser de répéter sans cesse que la situation économique va être épouvantable : déprimer le pays n'a aucun avantage. Le moment doit être davantage rooseveltien (on va y arriver) que churchillien (du sang et des larmes).

Emmanuel Macron, président de la République
Emmanuel Macron, président de la République © AFP / GONZALO FUENTES / POOL

Il y a évidemment beaucoup de questions qui appellent des réponses : où en est-on face au Covid-19, faut-il rendre obligatoires les masques dans les lieux publics, quelles priorités pour les mois à venir... Que dit-il sur les polémiques concernant certains de ses ministres – Eric Dupont-Moretti, Gérald Darmanin ? 

Il y a tout cela, mais au-delà, il y a sans doute un enjeu : être positif, dire que le pays peut s’en sortir, que l’économie ne va pas s’effondrer, bref que la débâcle, le désastre, ne sont pas inéluctables

Pourquoi dit-on cela ? 

Parce que la musique qui se joue actuellement est désespérante, plus que dans d’autres pays, et notamment sur le plan économique. Ce qui avait une certaine logique dans la bataille contre l’épidémie se comprend moins désormais. Au moment où le virus était partout, il fallait -c’est regrettable mais c’est ainsi -, il fallait faire peur, pour que le pays comprenne la gravité de ce qui le menaçait. Aujourd’hui, répéter tous les jours que la catastrophe économique est devant nous, cet été, après l’été, l’automne prochain et encore pour un ou deux ans - comme on l’entend beaucoup dans la bouche du gouvernement -, répéter cela tétanise tous les acteurs : les entreprises au moment d’embaucher, les ménages qui épargnent au lieu de consommer, les banquiers quand ils doivent prêter. Cela créé un cercle déprimant plus que vertueux. 

Tout le monde a compris qu’il y aura du chômage, que certains secteurs vont souffrir longtemps. Mais un point ne peut pas être négligé : cette crise est atypique, l’économie a été arrêtée par décision politique pendant huit semaines, elle a toutes les raisons de remonter pour l’essentiel, et ce d’autant plus que les pouvoirs publics ont très bien fait ce qu’il fallait faire, les bonnes décisions ont été prises. 

Pourquoi alors cette tonalité alarmiste ?

Il y a une explication politique : Emmanuel Macron voudra s’attribuer les mérites du redémarrage. Plus il dit que la situation est grave, plus la remontée lui sera imputée. 

Il y a une explication psychologique : avec les incertitudes sanitaires, tout le monde - Macron comme nous tous - est dans le brouillard. Mais on a désormais plus besoin d’un discours rooseveltien (on va y arriver) que churchillien (le sang et les larmes).

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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