Une réunion des ministres des Finances de la zone euro aura lieu aujourd’hui. Sur la Grèce, ce sera le moment de la Grande explication entre les différents acteurs.

Les jours qui viennent sont à nouveau déterminants pour la Grèce. Et effectivement, on verra si la Banque centrale européenne, l’Allemagne et la France, qui ont des points de vue différents, parviennent à un accord –ce qui est souhaitable. Cette Grande explication mérite une petite explication ! Tout le monde est d’accord pour accorder une nouvelle aide à la Grèce. La première n’a en effet pas suffi, la récession ayant été plus importante que prévue (7% en 2010, du jamais vu). Le premier plan était de 110 milliards d’euros, le second devrait tourner autour de 120 milliards de prêts. Sur le principe, il y a accord. Mais pas sur les conditions.

Comment les créanciers privés, à côté des contribuables européens doivent-ils participer à ce plan ? La Grèce fait-elle assez d’efforts ? Sur quoi porte le débat entre Berlin, Paris et la BCE ? Passons sur les détails techniques : on parle de reprofilage de la dette, de roll-over, de rééchelonnement...

En gros, il s’agit de demander aux banques un effort sur la dette grecque sur une base volontaire pour une trentaine de milliards d'euros. Cela n’est pas une restructuration, puisque cela sera volontaire, mais cela y ressemble. Les Allemands veulent y aller fort. La BCE n’en veut pas. Les Français veulent une opération douce. Pourquoi ce débat ? Il est très politique. Pour Angela Merkel, le contexte politique prime. Elle perd des élections chaque mois, et les Allemands veulent partager la facture. Pour la France, ce qui prime, ce n’est pas le contexte, mais le risque. Le risque que les marchés lisent cette opération comme une faillite de la Grèce, ou que le Portugal et l’Irlande ne soient entraînés. Jean-Claude Trichet est sur la même ligne. Cela étant, ces dernières heures, les positions des uns et des autres se sont néanmoins rapprochées, mais il reste à convaincre les agences de notation.

Des agences pas convaincues, puisque Standard & Poor’s a encore abaissé de trois crans la note d’Athènes hier soir. Mais la Grèce fait-elle assez d’efforts ? Une question taboue parce que nous avons en tête les images des manifestations, les reportages sur les Grecs qui n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois. Mais le FMI, la Commission européenne et les grandes capitales se posent la question. Politiquement, contrairement à l’Irlande et au Portugal, il n’y a pas en Grèce de consensus national sur le redressement du pays. Le chef de l’opposition de droite, qui vient de passer à Paris, a d'ailleurs refusé d’avaliser le plan en cours. Ensuite, la lutte contre la fraude fiscale des plus riches -mais pas seulement- tarde. Enfin, des baisses de salaires ont été décidées, mais il faut savoir que le coût du travail avait augmenté de 54% depuis 10 ans. Une croissance sur du sable, celui de l’endettement à l’abri de l’euro.

Un accord est-il probable ? Comme toujours. Mais deux réflexions. Un : la communication européenne reste brouillonne et catastrophique, notamment du côté allemand. Deux : l’émergente Turquie, qui vient de voter et à qui on refuse depuis dix ans l’entrée dans l’Europe, peut à bon droit ricaner sur la réussite de la Grèce dans l’euro.

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