Pierre Moscovici, le ministre des Finances, a annoncé hier un salaire maximum dans les entreprises publiques. C’est un sujet délicat parce que le salaire maximum décidé, 450.000 euros bruts par an, 37.500 par mois, est considérable aux yeux de la quasi-totalité des Français. Et donc la cause semble entendue - circulez, il n'y a rien à ajouter. En fait, il y a quand même des choses à dire parce que cette mesure, qui veut répondre, à une vraie question, le fait de façon assez brouillonne. Sans doute dans l’urgence de sa présentation trois jours avant le second tour des législatives. C’est un joli coup politique, mais est-ce un joli coup économique ?

La rémunération des patrons est en tout cas un vrai sujet.

Il y a eu une explosion des revenus des dirigeants partout dans le monde, dans la finance avec ce que les Anglais appellent les « fat cats » (les gros bonnets), mais aussi l’industrie, le sport, le spectacle, la banque d’affaires. Certains revenus sont indéfendables quand, en face, il n’y a pas un talent particulier, une réussite particulière, la création d’une entreprise, d’une activité. Une fois qu’on a dit ça, le renvoi sempiternel aux écarts de salaires d’il y a un siècle - un à quarante dans la légende fordiste - est daté. D’abord parce que Ford était atypique, que la réalité n’était pas celle-là. Et aussi parce que le métier de dirigeant est plus difficile, la moitié du temps à l’étranger, en concurrence mondiale, avec des entreprises plus grandes, complexes. Au total, il y a un sujet parce que les temps de vaches maigres vont mettre la cohésion sociale à l’épreuve.

Vrai sujet, mais la réponse est, dites-vous, brouillonne ?

Soyons clair. L’Etat est le patron chez lui, il fait ce qu’il veut dans ses entreprises. Mais concrètement, l’écart de un à vingt entre les salaires les plus bas et le plus haut ne l'explique pas clairement. Pourquoi un à vingt, pourquoi pas un à trente ou un à 17,5 ? Mystère. Le curseur est tombé au hasard. En tous cas, quand on pose la question, il n’y a pas de réponse argumentée. On sent que cela aurait pu être plus, ou moins. Autre point, certains dirigeants seront moins bien payés que leurs collaborateurs... La question du « prix du marché » n’est pas non plus absurde. On verra le profil de prétendants aux postes de dirigeants. Enfin et surtout, que l’on paye pareil le patron d’EDF, de la Ratp ou du service national des Poudres et explosifs (çà existe) n’a pas de sens. Au total, l’instruction du dossier a été brève !

Comment se situe ce seuil de 37.500 euros par mois dans la hiérarchie des revenus ?

Quand on consulte le site Internet de Thomas Picketty, révolution fiscale.fr, on voit que 35 à 40.000 Français gagnent plus.

Enfin, où se situe ce seuil dans la hiérarchie des revenus de la fonction publique ?

On découvre qu’il n’y a pas plus de logique. Le mieux payé de la République est le vice-président du conseil d’Etat, à presque 17.000 euros par mois, plus que François Hollande. Comprenne qui peut.

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.