Etincelle sans lendemain ou début d'un embrassement dans le Golfe ? On le saura vite. Mais il ne faut pas oublier que les Etats-Unis n'ont plus d'enjeu économique sur le prix du pétrole. L'Europe, elle, est très dépendante de ses approvisionnements.

Le pétrolier norvégien Front Altair dans les eaux du golfe d'Oman le 13 juin 2019
Le pétrolier norvégien Front Altair dans les eaux du golfe d'Oman le 13 juin 2019 © AFP / ISNA

Deux navires pétroliers ont été attaqués, hier, alors qu’ils naviguaient à l’entrée du golfe arabo-persique, près du fameux détroit d’Ormuz. Conséquence : cela a fait grimper le prix du baril de pétrole, jusqu’à 4,5% en milieu de journée et environ 2% hier soir.

Cette nuit, les Etats-Unis ont accusé l’Iran, personne ne peut être sûr que c’est vrai ou faux, et l’inquiétude sur une escalade dans la région est là. 

Le journal de 8 heures puis Pierre Haski reviendront largement sur le sujet, mais qu'en est-il pour l'économie ? 

Un cinquième du pétrole mondial passe par là, ce n’est pas rien. Pour l’instant, pas d’affolement sur les prix de l’essence : le pétrole avait reculé de 15% depuis un mois, il remonte un peu, le thermomètre n’affiche pas une température à 41°. 

Mais il y a un point intéressant je crois, à souligner : le fait que l’Europe est à peu près le seul continent qui dépende autant, désormais, des livraisons de pétrole. On l’oublie souvent : les Etats-Unis sont autosuffisants ou presque pour l’énergie grâce aux pétroles et aux gaz de schiste. Ils sont devenus le premier producteur mondial, ils sont indépendants. Cela veut dire que le prix du pétrole les soucie peu, ils ne se battront plus comme ils l’ont fait pendant des décennies pour la stabilité au Moyen-Orient et le prix des carburants en tous cas pour des raisons économiques. 

L’Europe, elle, c’est très différent, elle dépend à 90% des importations pour son pétrole. Tout ne passe pas par le détroit d’Ormuz bien sûr, nos pays fournisseurs sont d’abord la Russie (qui peut toutefois ouvrir ou fermer le robinet), la Norvège (là, pas de souci), avant l’Irak et l’Arabie saoudite (là on y est, même s’il y a beaucoup d’oléoducs aussi). 

Mais cela ne change rien à l’idée d’ensemble : l’Europe est dépendante

Comment faire ? 

L’équation énergétique est complexe. 

-L’Europe ne veut plus de charbon – et c’est normal. 

-Pas question dans la plupart des pays de gaz de schiste. 

-Dans les mêmes ou d’autres, c’est non au nucléaire. Et le pétrole, donc, vient d’ailleurs comme le gaz. 

Alors, que reste-il pour faire tourner les usines, faire avancer les transports et se chauffer ? Sans aucun doute les économies d'énergie. Au-delà, la solution rêvée, fantasmée, est un 100% énergies renouvelables. Mais outre que c’est très très cher, ce sont des énergies intermittentes et il faut donc réussir à stocker l’électricité produite. Pas de chance, l’Europe importe d’Asie la quasi-totalité des terres rares nécessaires pour les batteries. 

L’hydrogène alors ? Oui, mais la catalyse se fait par le platine – et le platine est … ailleurs. 

Bref, l’Europe n’a pas pétrole, mais elle n’a pas encore les idées non plus pour s’en passer vraiment en toute indépendance

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.