Nous allons, avec vous, rester sur le même sujet que le zoom de Lise Jolly, la relation franco-allemande, mais vu - cette fois - de Paris. Quelle va être la stratégie de François Hollande ?

Eh bien, pour commencer, on remarquera qu’après 2007, c’est la seconde fois depuis le début de la Vème République que le déplacement du nouveau président français à Berlin est aussi rapide - quelques heures après l’investiture. Ce déplacement est une tradition - et cela fonctionne aussi dans l’autre sens, Berlin - Paris (c’est une tradition) mais cela en dit beaucoup, là, sur la situation. A Paris, si on ose dire, la mauvaise conjoncture économique et la Grèce ont surgi dans l’état de grâce. Sur le fond, quelle sera la stratégie de François Hollande ? Réponse : aller piano, ne pas forcer la porte tout de suite, ne pas essayer de tordre le bras d’Angela Merkel. Vendredi, Michel Sapin déroulait le calendrier : on va faire connaissance, on va se comprendre puis on va converger. Traduction : pendant quelques semaines, il y aura beaucoup de sourires, mais peu de solutions, parce que le calendrier est compliqué.

La question du calendrier est-elle si importante que cela ?

Oui ! A la fin des fins, il y aura un compromis, la question est de savoir s’il sera de façade ou de fond. Mais le nouveau président français pense aux législatives ; pour obtenir quelque chose de l’Allemagne sur la croissance européenne ou sur la politique monétaire, il devra lâcher autre chose. Or, lâcher, cela veut dire renier le roman rose écrit depuis quelques temps, ce roman où une Europe extatique se rangerait derrière Paris. Et se renier un peu pourrait profiter au Front de gauche et empêcher le PS d’avoir la majorité absolue l’Assemblée. Donc, à l’intérieur, François Hollande va augmenter l’ISF dès cet été et revenir sur la retraite à 60 ans maintenant, mais à l’international, il voudrait un accord fin juin voire même en juillet. D’ici là, il laisse aux sociaux-démocrates allemands le soin de faire pression sur Angela Merkel – mais attention : ces derniers ne veulent pas entendre parler de rouvrir le pacte budgétaire.

Mais Paris et Berlin auront-ils le temps de donner du temps au temps ?

Pour l’instant, les marchés financiers ne se sont pas immiscés dans ce dialogue sur la croissance et la rigueur entre Paris et Berlin. Mais resteront-ils l’arme au pied ? Non. Cela dépendra de la situation en Espagne plus encore qu’en Grèce. Bref, on peut s’attendre à des soucis après les sourires !

Dernier point : à peine rentré de Berlin, François Hollande annoncera, mercredi, son gouvernement.

Oui, et il y a une interrogation importante liée à la place des questions européennes dans l’équipe que formera Jean-Marc Ayrault. Depuis longtemps, celui ou celle qui est en charge de l’Europe dans le gouvernement a une place secondaire, secrétaire d’Etat, ministre délégué au Quai d’Orsay. Tandis que le vrai sujet de l’euro se traite à Bercy. Eh bien, pourquoi pas un vice-premier ministre (vice-président du Conseil à l’époque) chargé de l’Europe, comme l’avait été ... Guy Mollet dans les années 1950 ? Ce serait visible et efficace. Mais, évidemment, cela ne se fera pas.

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