Pour soutenir la création culturelle, le rapport Lescure publié hier propose une nouvelle taxe sur les ordinateurs, les smart phones et les tablettes. C’est une bonne ou une mauvaise idée ?

Je suis embarrassé, le rôle d’un éditorialiste, c’est de donner son avis et je dois avouer que je n’ai pas d’avis tranché, clair, définitif. J’espère que j’en aurais un à la fin de cette chronique ! D’abord, de quoi s’agit-il précisément ? Depuis longtemps, la création est en partie financée par les distributeurs de biens culturels, qui lui reversent un pourcentage de leurs recettes : salles de cinéma et de concert, chaînes de télévision, radios, fournisseurs d’accès à Internet sont taxés. Evidemment, le piratage et le rôle aujourd’hui de géants comme Amazon, Google ou Apple, qui ne sont pas soumis à ce système, changent la donne. D’où l’idée de Pierre Lescure reprise par Aurélie Filippetti, celle d’une taxe sur le matériel, tablettes, PC, consoles, etc. pour les faire participer. Alors, il y a deux types de réactions. 1er réflexe : un problème, une taxe, cela suffit ! ; 2ème réflexe : un problème, il faut bien trouver une solution. Une fois le sujet posé, on peut lister les arguments pour et contre.

Commençons par les arguments en faveur de la taxe…

Jusqu’à présent, il existait des barrières de péage pour financer les œuvres. L’achat d’un livre, le ticket de cinéma ou de concert, le prix d’un CD ou d’un DVD. Aujourd’hui, la numérisation et Internet ont fait sauter la barrière de péage. Avec la 4G, un film pourra être téléchargé de n’importe quel appareil et un jeune de 15 ans arrive à le faire on ne sait comment mais sans débourser un centime. Tout est accessible gratuitement. Il faut donc trouver une borne de péage et autant que cela soit des matériels fabriqués en Asie. De surcroît, Apple verse des milliards d’euros à ses actionnaires sans distribuer un kopeck à la création. Les clients refusent de payer cinq euros pour acheter un film mais acceptent d’en débourser 500 pour une tablette, autant y aller.

Et maintenant, les arguments opposés…

Le premier, c’est : pourquoi faire payer les acheteurs de matériels qui ne regardent pas tous des films de façon illégale ; doit-on toujours plus payer pour des services que d’autres utilisent ? On peut aussi se dire que pendant longtemps les producteurs de contenus ont abusé de leur position dominante et que c’est à eux de s’adapter à la nouvelle donne. En caricaturant, c’est comme si on avait créé une taxe sur les ampoules quand elles sont apparues pour financer l’industrie de la bougie quand elle a été menacée… dernier argument : être les seuls en Europe à aller dans cette direction est étrange.

Bon, au final, vous y voyez plus clair ?

Quand même il est clair que le consommateur passera d’une façon ou d’une autre à la caisse. Le gouvernement va nous dire que c’est un nouvel impôt mais que ça n’augmente pas les impôts ; qu’il se souvienne du tollé sur la taxe pique-nique qui voulait taxer les assiettes en plastique – avec là encore les meilleures intentions du monde, protéger la nature.

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