L’escalade protectionniste a encore grimpé d’un cran hier entre Washington et Pékin.

Donald Trump et Xi Jingping à Buenos Aires en décembre 2018
Donald Trump et Xi Jingping à Buenos Aires en décembre 2018 © AFP / LI XUEREN / XINHUA

Vendredi, les négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine ont échoué et Donald Trump a décidé des nouvelles taxes sur les importations chinoises, auxquelles Xi Jinping a riposté avec des taxes sur les importations américaines. 

Je vous épargne les marchandises concernées et les milliards de dollars : les experts eux-mêmes s’y perdent. 

Ce qui est sûr est que les marchés américains s’inquiètent. Ce qui est sûr aussi est que pour l’instant le président américain n’a rien obtenu mais qu’il ne renonce pas à vouloir rééquilibrer les échanges entre les deux pays. Il estime que Pékin a plus à perdre au bras de fer que lui.

Les Etats-Unis vendent pour 150 milliards de dollars à la Chine, la Chine vend pour 500 milliards aux Etats-Unis

Le calcul de Trump : la croissance chinoise va souffrir avant la sienne (qui va très bien merci pour elle). Et le calcul sous-jacent est que Xi Jinping devra céder sinon la Chine connaîtra des troubles politiques. 

Sur le fond, Trump a raison de vouloir changer la donne, mais est-ce encore possible ? 

Si aucune de ces deux fortes personnalités ne veut perdre la face, le conflit va plus loin, comme le résume ce matin un éditorialiste du Financial Times. Depuis 20 ans, le système économique mondial a bénéficié à et fait progresser la Chine. 

Pour préserver leur leadership stratégique et technologique mondial, les Etats-Unis doivent remettre en cause ce système économique. La Chine, elle, veut maintenir le système économique actuel pour devenir leader politique et stratégique, d’abord en Asie puis dans le monde entier, à la hauteur de sa taille. 

L’économie n’est donc qu’un levier de l’Histoire (avec un grand H)

La paix dans le monde dépend de la capacité de Washington à trouver un nouvel équilibre mondial avec Pékin, si les Américains veulent éviter de tomber dans ce qu’on appelle le piège de Thucydide, quand une puissance en place est menacée par une puissance montante et rivale. 

On peut ou trouver un accord ou s'entre-tuer comme Athènes et Sparte. La Chine, elle, ne veut pas revivre le souvenir des Traités inégaux du XIXème siècle, conclus sous la pression militaire de l’Occident et dont elle pense qu’ils ont bridé son développement pendant un siècle.

Thucydide, Traités inégaux : l’Histoire, sa rationnalité mais aussi son irrationnalité, va prendre un de ces virages dont on ignore où il va nous emmener.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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