Les milieux économiques, contrairement à ce que l'on a vu ailleurs, écoutent les scientifiques. Ils doivent s'habituer à l'incertitude, qui est pourtant leur cauchemar.

En Californie, le patron du groupe Tesla, Elon Musk, a décidé de rouvrir une de ses usines contre la décision des autorités de santé locales... Et celles-ci n’ont pas envoyé la police.
En Californie, le patron du groupe Tesla, Elon Musk, a décidé de rouvrir une de ses usines contre la décision des autorités de santé locales... Et celles-ci n’ont pas envoyé la police. © AFP / Brendan Smialowski

Où en sont les milieux économiques français face au virus ? On s’est posé la question en découvrant qu’en Californie, le patron du groupe protéiforme de voitures et de fusées Tesla, Elon Musk, a décidé de rouvrir une de ses usines contre la décision des autorités de santé locales. C’était lundi, et ces autorités n’ont pas envoyé la police - ils pourront rouvrir lundi sous certaines conditions. 

Est-ce imaginable en France ? Non. Est-ce que depuis deux mois, il y a eu une révolte des milieux économiques, des chefs d’entreprise, pour dire : l’enjeu (du confinement) n’en vaut pas la peine, les dégâts seront trop lourds, il faut reprendre tout de suite ? Non. 

Rien de public en tous cas. En coulisses, mi-avril, Matignon et l’Elysée ont bien été ensevelis sous les SMS pour appeler au redémarrage. Ce qui au passage aurait énervé Edouard Philippe. Mais personne n’a osé le dire à voix haute. Plus qu’ailleurs, la parole scientifique et la décision politique s’imposent, et c’est un fait que certains secteurs d’activité (comme les travaux publics) se sont davantage mis à l’arrêt qu’ailleurs. 

En fait, les milieux économiques, comme tout le monde, ont intégré le risque sanitaire et les failles de notre pays – l’incapacité à lancer une politique massive de tests. Ils ont aussi en tête, sans nul doute, les risques juridiques qu’ils pourraient encourir s’ils mettaient en danger la santé de leurs salariés. Le résultat, c’est que le lobbying (ce n’est pas un gros mot) économique s’exerce sur les plans de soutien à chaque secteur : hier l’aérien et l’automobile, aujourd’hui le tourisme, demain la restauration. 

Le résultat, c’est que la fonction la plus importante dans les entreprises ces dernières semaines, ce sont les ressources humaines, les DRH, pour les conditions du redémarrage.

Mais il va falloir sortir de l’incertitude. Non, pas sortir : il va falloir vivre avec l’incertitude sur le virus. Même si, oui, l’incertitude est un cauchemar pour les entreprises. 

Le problème est que les scientifiques sont dans le bleu, ils ne savent pas si l’épidémie va redémarrer un peu ou beaucoup. Voici une information modérément optimiste : l’Institut Pasteur a annoncé hier qu’il y aurait en ce moment 4000 nouvelles contaminations par jour. Alors qu’il y a trois semaines, on en escomptait 1300 par jour le 12 mai. Pas plus que les politiques et les intellectuels, le monde économique ne peut traiter cela par-dessus la jambe malgré l’envie qu’ils en ont tous. 

Pourquoi ? L’épidémiologie n’est pas une discipline de salon.

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