Le débat sur l’avenir de la filière nucléaire va-t-il être relancé durablement ?

A entendre les anti-nucléaires de toujours qui voient se profiler un boulevard pour eux et à entendre un certain nombre de responsables politiques, on pourrait croire que les accidents nucléaires ont déjà causé plus de victimes que le tremblement de terre et que le tsunami réunis. Heureusement, il n’en est rien pour l’instant. Avant de prononcer des phrases définitives, il faut donc peut-être attendre d’en savoir plus et voir ce qui se passe. Cela étant, cet accident est un coup dur pour le nucléaire. Il va remonter les opinions publiques contre ce type d’énergie et donc, ralentir ou mettre un coup d’arrêt, à ce que l’on pourrait appeler la renaissance de l’atome.

Une renaissance toute récente. L’histoire du nucléaire, c’est l’histoire d’un boom, d’une crise profonde, puis, récemment, d’un redémarrage. Le boom, ce sont les années 1970 avec la première crise pétrolière et des grands programmes lancés ici et là. A l’heure actuelle, 20% de l’électricité mondiale est d’origine nucléaire, 30% au Japon, 54% en Belgique et 82% en France. Mais après l’incident de Three Mile Island de 1979, plus aucune centrale n’a été construite pendant trente ans aux Etats-Unis. La catastrophe de Tchernobyl, en 1986, conjuguée au contre-choc pétrolier, a quant à elle stoppé net le nucléaire partout. Ce gel a pris fin avec la hausse des besoins énergétiques et la peur du réchauffement climatique –puisque le nucléaire n’y contribue pas. 14 nouveaux réacteurs ont été construits l’an dernier, 65 chantiers sont en cours, dont 27 en Chine, et plus de 150 sont en projet.

Et donc, les événements actuels vont rechanger la donne ? Dans les pays comme la Chine, non. Ailleurs, l’enthousiasme d’un certain nombre de pays va baisser. Autant l’opinion publique pensait qu’un accident en Russie était un cas particulier, dans un pays qui a une image épouvantable. Un accident au Japon est autre chose : le Japon a une réputation de sérieux. Surtout, l’opinion est que l’on s’aperçoit que tout n’a pas été prévu. La force du tremblement de terre était imprévisible, mais ne pas imaginer la possibilité d’une vague d’eau, d’un tsunami après celui de 2004, est stupéfiant. Le fait que l’image de l’explosion ait été vue par la terre entière change aussi la donne.

Quelles conséquences concrètes de tout cela ? Il y en a trois.

Un : le camp du nucléaire est affaibli. Les pays non nucléaires vont y regarder à deux fois. Dans les pays déjà équipés, le débat est déjà reparti : Angela Merkel a dû justifier hier sa décision de prolonger ses centrales d’une dizaine d’années. Côté français, Areva va expliquer que son réacteur EPR de nouvelle génération protège de ce type d'accidents. Bon courage !

Deux : En tout état de cause, des nouvelles normes de sécurité vont être imposées, et donc le nucléaire va coûter plus cher. Or, il a trouvé sur sa route un rival : le retour en grâce du gaz. Trois : l’équation globale de l’énergie se complique. Le pétrole est cher. Le solaire, l’éolien aussi. Le gaz est contesté. Le nucléaire aussi. Mais en même temps, il faut de plus en plus d’énergie. Il n’y a donc pas de miracle.

Les énergies vertes vont sans doute être encore plus "dans le vent". Il est donc trop tôt pour décréter la fin du nucléaire.

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.