Vous commentez ce matin l’entrée de l’émirat du Qatar au capital du groupe pétrolier français Total.

C’est une information de notre journaliste Emmanuel Grasland. Le Qatar a acquis 2% du capital de la première entreprise française, participation que l’on peut évaluer à deux milliards d’euros. L’émirat devient ainsi un grand actionnaire de Total derrière, notamment, les salariés et le milliardaire belge Albert Frère. On peut se livrer à un jeu aussi fastidieux que frappant : lister les emplettes récentes du Qatar en France. Chacun sait qu’il a racheté le Paris Saint-Germain et les droits de diffusion à la télévision de la Ligue 1 de football – et que le Qatar organisera la Coupe du monde de 2022. Mais il est devenu aussi le 1er actionnaire de Lagardère (Europe 1), il a donc indirectement un pied chez EADS (Airbus), il a racheté les hôtels Carlton et Royal Monceau, il possède 5% de Vinci (le BTP et les autoroutes) et de Veolia (l’eau). Pas mal pour un pays de 11.000 kms2 et de 1,7 million d’habitants, dont 85% d’immigrés !

Pourquoi l’appétit de ce minuscule Etat ?

Minuscule Etat du Golfe mais assis sur un tas d’or … noir, ou plutôt de gaz, avec le plus gros gisement au monde. Rares sont les puissances économiques aussi petites qui bénéficient d’une rente aussi considérable – car c’est bien une rente. Depuis quinze ans, l’émir du Qatar, Hamad Ben Khalifa Al-Thani, déploie en réalité une offensive à la fois économique et politique. Il prépare l’après-hydrocarbure en investissant partout et il assure ses arrières en nouant partout des relations. Coincé entre l’Iran et l’Arabie saoudite, il a développé un « soft power » (puissance douce) diplomatique avec l’Occident - en allant jusqu’à aider au renversement de Khadafi. La création de la chaîne de télévision Al-Jazira, diffusée dans le monde entier, le protège aussi. D’une certaine manière, le Qatar se voit comme une petite France, entourée de grandes puissances, mais qui veut se faire entendre.

Çà, c’est l’intérêt du Qatar pour la France, mais la France, elle, a-t-elle intérêt à l’influence du Qatar ?

Sur le PSG, je n’y connais rien ! Pour le reste, Doha « drague » la France comme rarement un pays le fait. Invitations, manifestations, c’est un défilé continu de politiques, de chefs d’entreprise, d’artistes, de journalistes. L’Occident a été bien content de trouver les milliards du pays le plus riche du monde pendant la crise. Aujourd’hui, cet Etat coffre-fort investit, stabilise le capital de grandes entreprises. Tant mieux pour Total et les autres ! Après le PSG, il joue le cac40. Et il a met sur la table 50 millions pour aider les banlieues françaises. Formidable. Mais il y a un mystère sur les intentions de l’émir. Quand on a un pouvoir, on ne cherche pas à l’utiliser. Pour quoi faire ? On ne sait pas vraiment.

Conclusion ?

Le Qatar se voit intermédiaire entre le monde musulman et l’Occident. Parfait. Mais il reste aussi, dans une région instable, un Etat sunnite qui soutient les islamistes dans les pays arabes. Il serait imprudent de mettre tous ses œufs dans le même panier.

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.