Aujourd’hui, vous voulez nous parler d’Inditex, une entreprise qui constitue à elle seule un paradoxe : elle est en pleine croissance dans un secteur en déclin, et un pays qui va mal puisqu'elle est espagnole. Dans cette Espagne où la production recule depuis cinq ans, Inditex a en effet augmenté ses ventes de 16% l’an dernier - elle a publié ce chiffre hier. Une start-up ? Pas du tout, son histoire a commencé il y a un demi-siècle et elle fait seize milliards d’euros de chiffre d’affaires, plus que les français Alcatel ou Lafarge. Une firme dans un secteur en plein boom comme Internet ? Et bien non, elle est dans le textile dont elle est le numéro un mondial. Une firme inconnue ? C’est vrai mais en même temps vous avez fatalement entendu parler de sa marque vedette : il s’agit de Zara. Et son fondateur, Amancio Ortega, commence à être célèbre puisqu’il s’est hissé au troisième rang des fortunes mondiales, juste derrière un certain Bill Gates et loin devant les Français Liliane Bettencourt et Bernard Arnault. Alors, comment Zara réussit-il à croître sur un marché où les Européens disparaissent ? Avec deux principes. Le premier est encore un paradoxe : Zara travaille au pays. Pas question de fabriquer en Chine ou au Bangladesh où ça coûte moins cher mais c’est trop loin du client. Inditex possède surtout des usines en Espagne, très automatisées, qui exploitent plusieurs centaines de sous-traitants eux aussi sur place. C’est la clé du deuxième principe de Zara : l’entreprise va très vite. Elle est la pionnière de la fast fashion, la « mode rapide ». Ses stylistes regardent ce qui marche, dans les milliers de boutiques Zara mais aussi chez les concurrents. Ils dessinent sans cesse de nouveaux modèles qui partent aussitôt en production et atterrissent dans les premières boutiques deux semaines plus tard. Les boutiques envoient leurs chiffres de vente pour chaque article chaque jour. Si ça marche, on monte en production. Sinon, on abandonne. Zéro stock.Et en plus un argument massue pour les consommatrices : il faut acheter tout de suite, sinon il n’y en aura plus la prochaine fois. Et ça suffit à Inditex pour continuer à se développer ? Pas tout à fait. Il y a aussi le management de l’entreprise. La plupart des dirigeants sont à l’image d’Amancio Ortega, qui a commencé à peine adolescent dans une boutique de vêtements à La Corogne. Ils ont débuté en bas de l’échelle et sont montés petit à petit dans la hiérarchie. Ils connaissent donc l’entreprise de l’intérieur et sont très attentifs aux clients et aux salariés. Au bout du compte, Zara constitue un formidable pied de nez à tout ce qu’on raconte en ce moment sur les entreprises : l’embauche et non les licenciements, l’implantation sur place et non la délocalisation, un chemin très court de l’idée de départ à l’arrivée chez le consommateur et non un étirement du processus de production dans le temps et l’espace, des autodidactes au pouvoir et non des bac +17. Par les temps qui courent, c’est plutôt rafraîchissant. Vous vouliez enfin ajouter un addendum à votre édito d’hier. Oui, je soulevais la question que posait le hiatus entre les mesures majeures que doit prendre le président François Hollande et sa cote de popularité mineure. Eh bien le recours aux ordonnances, évoqué hier par la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem, pourrait bien donner la réponse.

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