La défaite d'Angela Merkel aux élections régionales hier, aura-t-elle des conséquences pour l'Europe ?

Oui. En fait elle aura d'abord des conséquences en Allemagne même. Chacun a relevé la progression du parti d'extrême droite anti-euro et anti-réfugiés. La chancelière devra rendre compte, forcément, du score de l'AFD, le plus important pour l'extrême-droite depuis la création de l'Allemagne fédérale. Mais il y a aussi le tassement des sociaux-démocrates du SPD, qui va conduire Sigmar Gabriel à revendiquer une posture plus à gauche. Le vice-chancelier ministre de l'Economie a d'ores et déjà présenté, il y a dix jours, un plan pour muscler les aides sociales à des catégories en difficulté, les retraités pauvres notamment. Aider les réfugiés, c'est bien, aider les Allemands, c'est bien aussi, quitte à ce que renoncer à l'équlibre budgétaire, voilà ce que l'on va beaucoup entendre dans les prochains mois Outre-Rhin.

Et au plan européen ?

Le premier changement est à l'œuvre en réalité depuis plusieurs mois, mais le scrutin d'hier le renforce. Les difficultés de l'Allemagne sur les réfugiés et désormais politiques l'affaiblissent relativement. Elles lui montrent que l'économie n'est pas tout et que sa supériorité sans conteste dans ce domaine ne la protège pas contre les turpitudes de l'Histoire avec un grand H. Une certaine arrogance -on utilise le mot avec des guillemets, avec des pincettes et avec toute l'affection pour un pays que l'on aime beaucoup- n'a plus lieu d'être. D'une certaine manière, les attentats de 2015 et l'engagement militaire de Paris en Syrie avaient déjà compensé l'échec économique de François Hollande dans l'équilibre du couple franco-allemand. La montée de l'extrême droite dans la crise des réfugiés en Allemagne met un poids supplémentaire du côté français dans la balance.

Ces scrutins sont intéressants aussi sur le rapport entre morale et pragmatisme.

Au nom de la morale, Angela Merkel et l'Allemagne ont plaidé pour que l'on aide mais aussi sanctionne la Grèce depuis trois ans, Grèce qui avait fauté et triché -à leurs yeux. Au nom de la morale, Angela Merkel a accueilli à bras ouverts les réfugiés. Dans le premier cas, elle a été haïe en Europe, dans le second admirée - à juste titre. Les Français, plus pragmatiques, ont desserré la corde autour du cou d'Athènes mais n'accueillent pas de réfugiés parce que l'extrême-droite est déjà là. Question : que retiendra l'Histoire ?

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