Les députés vont se prononcer aujourd’hui sur la possible privatisation d’Aéroports de Paris. Elle ne pose de question ni de principe, ni économique, mais de confiance avec les repreneurs privés.

A l'aéroport de Roissy
A l'aéroport de Roissy © Getty / B&M Noskowski

Oui, et cette question de la privatisation de Roissy Charles de Gaulle et Orly enfièvre le pays depuis quelques jours. La gauche est contre, une partie de la droite aussi, le gouvernement et la majorité d’En Marche sont pour. 

Alors ? Alors si la privatisation ne pose pas, je crois, de problème de principe, l’intérêt économique est quant à lui plus discuté mais il existe, en revanche il y a un vrai problème de confiance et un problème politique avec certains candidats à la privatisation. 

D’abord, le principe : on trouve de tout dans le monde, un aéroport sur deux parmi les 100 plus importants est géré par le secteur privé. En Europe, Heathrow, à Londres, est privé, Amsterdam et Francfort sont publics, mais il y a du privé en Italie, au Portugal, à Lyon ou à Nice. En cas de privatisation à Paris, la frontière resterait contrôlée par la police des frontières, le trafic aérien par la direction de l’aviation civile et les taxes aéroportuaires resteraient sous contrôle. Donc, beaucoup de réticences sont ridicules. En outre, aujourd’hui, les ¾ des bénéfices d’ADP viennent de 400 boutiques, est-ce le rôle de l’Etat ? Pas forcément. 

Maintenant, l’enjeu économique. L’argument contre la privatisation selon lequel il vaut mieux pour l’Etat encaisser entre 100 et 200 millions d’euros de dividendes par an plutôt que d’encaisser le produit d’une privatisation qui peut dépasser 10 milliards (de 50 à 100 ans de dividendes) pour se désendetter ou l’investir ailleurs est étrange. 

Mais ne soyons pas dupes : le gouvernement cherche aussi à maintenir la dette publique sous le seuil symbolique des 100% du produit intérieur brut, cela se jouera à un chouia.  

Mais il y a, c'est vrai, un problème de confiance. De confiance perdue par l’opinion à l’égard des entreprises privées dans ce domaine et par exemple de Vinci. C’est une magnifique entreprise, qui gère 45 aéroports dans le monde, qui peut devenir leader mondial français dans ce secteur (elle a vendu pour cela ses parkings), mais qui traîne comme un boulet le dossier des autoroutes. 

Pourquoi ? Non pas parce les sociétés autoroutières ont roulé l’Etat dans la farine au début mais parce que les taux d’intérêt se sont effondrés et que cela a été pour elles un jackpot. Ces groupes, s’ils avaient eu du nez politique, auraient accepté depuis 15 ans de se mettre autour d’une table pour partager cette manne, ce don du ciel. Il y a eu une certaine arrogance, qu’ils paient cash en réputation et c’est dommage. 

Alors, où va-t-on ? Le gouvernement va y regarder à deux fois et surtout, j’en prends le pari, va prendre son temps.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.