Silvio Berlusconi en Italie et George Papandréou en Grèce ont été chassés du pouvoir ces dernières heures. Les marchés ont-ils pris les commandes ?

Oui, et ce n’est bien sûr pas acceptable dans des grandes démocraties comme les nôtres. « C’est une dictature de fait », a dit hier dans le « JDD » Jean-Pierre Jouyet, patron de l’Autorité des Marchés financiers. Cela étant, il faut voir aussi que si les marchés ont pris les commandes, c’est parce qu’elles leur ont été données, (après tout) ce sont leurs créances et ce sont nos dettes, que personne ne nous a forcé à contracter. Les Etats ont failli par paresse et aveuglement. Et le prix est élevé : l’Histoire retiendra que le renvoi de Berlusconi s’est fait non pas par les juges ou les urnes, mais par les taux d’intérêt. Avant l’Italie, il y a eu la Grèce, l’Irlande et le Portugal. L’Europe court après les agences de notation avec des plans de rigueur. En France même, les taux d’intérêt grimpent parce que si l’Italie est aidée par le FESF, le portefeuille de Paris sera en première ligne.

Vous avez dit « paresse » et « aveuglement »...

Absolument. Quand en 2005, la France et l’Allemagne ont envoyé balader le Pacte de stabilité et la réduction des déficits, ils ont ouvert une boîte de Pandore. La crise a fait exploser les dettes, mais les Etats avaient pris l’habitude de s’endetter comme si les taux d’intérêt allaient rester au niveau ultrabas auxquels ils étaient depuis dix ans. On peut s’interroger, s’étonner du feu croisé des investisseurs anglo-saxons sur la zone euro, mais les gouvernements ne font rien – c’est le moins que l’on puisse dire – pour les rassurer, avec ce concept bizarroïde d’une union monétaire et d’une désunion budgétaire. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les Etats-Unis empruntent peu cher alors qu’ils ont perdu leur triple A.

Comment les Etats peuvent-ils reprendre la main ?

Plus facile à dire qu’à faire, mais le principe, lui, est simple et double. Un : tout simplement moins dépendre des créanciers, en baissant les dépenses ou en augmentant les impôts ; deux : mieux vaut une souveraineté partagée entre Européens plutôt qu’une souveraineté confisquée par les marchés. La surveillance réciproque des budgets est la seule voie possible, avec un projet de croissance. Si le mot de fédéralisme ne veut pas dire grand-chose avec des Etats- Nations, retenons celui de confédération. Cela devient de l’urgence à court terme.

A court terme, il y a aussi matière à étonnement dans le fonctionnement européen ...

La lenteur des décisions ! Ainsi, la réforme de certains « CDS », ces produits d’assurance favorisant la spéculation, a été décidée il y a trois ans . Elle entrera en vigueur en Europe en ... novembre 2012. Deuxième exemple : les hedge funds, ces fonds d’investissement très puissants, vont être régulés. Mais rien ne sera effectif avant ... 2017 ou 2019. Alors que les marchés vivent au rythme de la nanoseconde, si la politique veut reprendre la main, il faut qu’elle réfléchisse et se réveille.

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