Vous avez suivi la conférence de presse de François Hollande. Comment l’avez-vous trouvée ?

On ne va pas tourner autour du pot : sur la forme, il a été bon, voire très bon. Il a été sobre, assez précis, il a veillé à ce qu’il n’y ait pas d’annonces susceptibles de polluer le recadrage. Et puis naturellement un chroniqueur économique se réjouit que la conférence ait été occupée à 80% par des questions économiques. La situation le justifie. Cela étant, ce qui importe, c’est le fond parce que je ne sais pas qui regarde une conférence de presse télévisée ou sur Internet entre 17 heures et 19 h 30 en dehors des journalistes et des hommes politiques !

Alors, sur le fond, donc ?

Ecoutez, ce rendez-vous était intéressant et laisse en même temps perplexe parce que deux analyses sont possibles. La première est que l’on assiste au fil des semaines à une mue, et que la vraie nature du hollandisme perce dans le corps de François Hollande président. Un peu comme la chrysalide perce le cocon et devient papillon. Hier, pour ceux qui le connaissaient déjà il y a vingt ans, on retrouvait le Hollande social-démocrate, libéral-social, tout ce que vous voudrez, d’avant les dix ans de la rue de Solférino.

C’est-à-dire ?

Assumant une économie de soutien aux entreprises, mettant la réforme de l’Etat, la baisse des dépenses publiques, la compétitivité, au rang de priorités. Et on en conclut qu’il y a un tournant par rapport à ce qui était dit avant le 6 mai. Si on veut une autre image, c’est celle du crabe qui saurait depuis le début où il va même si ce n’est pas évident au premier coup d’œil.

Mais vous le disiez, il y a une seconde lecture possible...

Moins agréable, très politique. C’est l’image du caméléon. François Hollande adapterait son discours aux circonstances. Avec un discours intenable pour gagner l’élection : pas de hausse de TVA, pas de hausse d’impôt pour les classes moyennes, le coût du travail n’est pas un problème ; puis un discours pro-entreprise avec le pacte de compétitivité quand il voit en octobre le climat désastreux avec les patrons et la dégradation de la situation économique ; et maintenant quelques phrases sur la réforme de l’Etat parce que le FMI, Bruxelles, l’Allemagne l’attendent. Mais sans véritable intention derrière. Et donc, question : où est la sincérité ?

Quelle lecture privilégier ? Vous avez forcément une idée !

Je crois que François Hollande sait, sent, ce qu’il faut faire, dans la mutation historique que nous connaissons. Mais qu’il n’est pas sûr qu’il aura le courage de le faire. Ainsi, hier, il n’a donné aucun exemple, aucun, d’économies dans les dépenses publiques. Augmenter les impôts, c’est assez facile, réformer l’Etat avec des fonctionnaires qui votent largement à gauche, c’est plus difficile. Mais c’est peut-être la gauche qui peut le faire. On jugera aux actes mais on peut douter.

Un mot pour finir, il est aux commandes ?

Oui ! Il n’a parlé, je le disais, que d’économie ou presque. Il y avait déjà 7 ministres à Bercy. Ils savent maintenant qu’il y a un super-ministre à l’Elysée.

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