Les Vingt-Sept Européens et Londres ont conclu hier leur accord technique de divorce. Première analyse.

Theresa May et Emmanuel Macron
Theresa May et Emmanuel Macron © AFP / LUDOVIC MARIN

Le mot « technique » est le bon, il reste beaucoup de chemin, ce n’est que la fin du début – on y reviendra. 

Mais, oui, 874 jours après le référendum sur le Brexit, il y a un pré-accord qui doit mener à la sortie effective de l’Union le 20 mars prochain, soit mille jours après le vote de 2016. 

Soulignons d’ores et déjà trois paradoxes pour ne pas dire des aberrations. 

- Le premier qu’il y aura eu six mois de négociation, de blocage, sur la frontière entre les deux Irlande alors que ce sujet n’avait même pas été évoqué dans la campagne référendaire. 

- Le second est que les Vingt-Sept, à la surprise générale, et c'est tant mieux, sont restés unis alors que la vie politique britannique est déchirée, le spectacle y est pathétique. 

- Le troisième point intéressant est que malgré tout, nous sommes en Europe, tout se passe sans brutalité, entre gens civilisés, avec des procédures, des discussions et des périodes de transition, il n’y a pas la brutalité à la Donald Trump dont on a encore eu des témoignages hier. 

Alors, politiquement, la route est encore longue, Theresa May doit convaincre ses ministres, son Parlement et Vingt-Sept pays devront eux aussi être convaincus. 

En clair, le No deal reste possible.

Mais sur le fond, qui gagne ?

Michel Barnier l’avait dit ici, tout cela est perdant-perdant. Mais au-delà ? 

Du point de vue européen, il y a deux objectifs : que Londres ne devienne pas un paradis fiscal à sa porte, qui garderait en même temps un droit d’accès au continent ; que Londres n’abaisse pas le niveau des protections sanitaires, sociales et environnementales. 

Difficile de savoir si ces paris seront gagnés, c’est possible. 

Les Britanniques, eux, ont dû faire un choix. 

- Une frontière entre les deux Irlande, c’était la mort du traité de paix ; 

- une frontière entre Belfast et la Grande-Bretagne, c’était la mort du Royaume-Uni ; 

- le maintien de ce dernier dans l’union douanière pour éviter les scénarios A et B, ce qui est le choix fait, risque d’être la mort du Brexit puisque Londres continuera d’appliquer des règles qu’il n’élaborera plus ne récupérera pas toute sa souveraineté, par exemple celle de conclure des accords commerciaux avec Washington ou Montréal. 

On ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre. 

Ce qui est sûr est que l’économie britannique a jusqu’à maintenant perdu du terrain depuis 2016 et qu’elle risque de payer demain sa panne de productivité. 

Au total, au lendemain de l’Independance Day, la bière pourrait être aigre pour les Brexidéçus !

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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