L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». Nicolas Sarkozy a donc présenté hier un plan de 360 milliards d’euros pour aider les banques. Ce plan va-t-il changer le système financier en France ? C’est la question que l’on se pose maintenant que l’on sait qu’il a passé, comme les autres plans européens, le test des marchés, en tous cas le premier. Dans quel système rentre-t-on ? A l’évidence, il ne s’agit pas d’un retour 25 ans en arrière, avec les nationalisations de 1982. Ce n’est pas non plus un contrôle direct du crédit, comme il en a existé un longtemps. Mais il y a bien un changement, avec le système de garantie étatique offert aux banques par l’Etat pendant 14 mois, l’Etat qui leur propose aussi des aides en capital. J’ai envie de prendre une image informatique : ce n’est pas un changement de système, c’est un changement de logiciel, et ce logiciel est là pour déboguer ce qui est en panne dans le système bancaire. Mais on sent bien que derrière, ce logiciel va provoquer des évolutions plus profondes et durables. Pour l’anecdote, ce n’est pas tout à fait la première fois que l’Etat accorde sa garantie pour débloquer une situation de crise. En 2001, il avait créé une caisse pour aider les compagnies aériennes qui ne trouvaient plus d’assureur pour couvrir leurs avions, ou même les industriels, après le 11 septembre. La Gareta pour les risques attentats et actes de terrorisme, offre encore la garantie illimitée de l’Etat au-delà de 2 milliards d’euros de dégâts. Mais évidemment, le dispositif va bien au-delà cette fois-ci. Les sommes en jeu n’ont rien à voir, les enjeux économiques non plus. A court terme, l’Etat ouvre un guichet de 40 milliards d’euros pour aider en capital les banques qui le veulent ou en ont besoin, et de 320 milliards pour une garantie des prêts qui, il faut l’espérer, ne sera jamais actionnée. En réalité, jusqu’à la fin 2009, les contreparties exigées par l’Etat seront faibles. Les banques devront rendre des comptes sur la quantité de crédits aux ménages et aux entreprises. C’est surtout politique, il n’y aura pas un chef de bureau à Bercy pour dire que la BNP doit prêter à telle PME dans le Périgord ! Et heureusement. En revanche, il ne fait aucun doute que la crise actuelle va faire évoluer le métier de banquier, avec moins de montages financiers de haut vol, moins de bonus. La supervision par l’Etat et les autorités du secteur va être renforcée. La réforme des normes comptables va changer la donne en stabilisant les bilans. Alors, faut-il s’en plaindre ? On peut se dire que la situation est injuste pour les banques françaises, victimes collatérales de la crise financière. On peut se dire aussi que le gouvernement est conscient des risques à aller loin dans le contrôle et la bureaucratie. Et donc lui faire confiance pour que le système soit amélioré, pas changé. Nicolas Sarkozy semble très à l’aise avec ce plan, notamment sur le plan idéologique. Il n’a jamais été, au fond, un libéral pur jus, il n’est pas non plus un dirigiste à tous crins, c’est un pragmatique, et, surtout, il aime les situations de crise et les montages inhabituels. Alstom, l’Etat était intervenu pour sauver l’entreprise, puis il avait revendu sa participation avec une belle plus-value. Là, c’est une autre échelle, cette crise change évidemment la face du quinquennat, au moins pour deux ans. L’étape suivante, c’est la gestion des conséquences économiques et sociales de tout cela. Et çà, c’est moins flamboyant, moins gratifiant, mais aussi nécessaire.

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