L’information est publiée dans votre journal ce matin : la vente de tabac sera peut-être bientôt autorisée sur Internet. Oui, c’est ma consoeur Marie-José Cougard qui révèle cette information quelques heures après le vote par les députés de la libéralisation des paris sportifs sur Internet. Un nouveau projet se profile, beaucoup plus compliqué en réalité, peut-être plus discutable, sur la vente de cigarettes à partir de sites Internet. De quoi s’agit-il ? Une directive européenne sur les impôts frappant le tabac et les alcools a été adoptée à Bruxelles il y a un an. Elle en modifie une autre datant de 1992. La France doit ce qu’on appelle la transposer dans notre droit national pour qu’elle soit applicable au 1er avril prochain. Bref, ce texte veut prendre en compte le développement du commerce sur Internet et encadrer ce développement. Mais son entrée en vigueur aura une conséquence extrêmement concrète : la fin du monopole des 30.000 buralistes puisque aujourd’hui la vente de tabac sur Internet est interdite. Sachant que leur congrès a lieu à la fin de cette semaine et qu’il y a par ailleurs une réflexion sur une hausse de 10% du prix des cigarettes pour lutter contre le cancer, le débat va être animé. Le gouvernement veut prendre des précautions… Le ministère du budget ne veut pas être un mauvais élève européen, il a l’intention d’appliquer cette directive. Elle lui permettra peut-être de mieux surveiller les trafics illégaux. A l’heure actuelle, des consommateurs commandent déjà par Internet des cigarettes sur des sites étrangers et se font livrer par La Poste, tout à fait en fraude. Des tonnes de cigarettes ont été saisies l’an dernier par les Douanes. Mais cette libéralisation se fera sous haute protection. Le gouvernement envisage d’imposer que les prix sur Internet soient obligatoirement identiques à ceux des bureaux de tabac. Impossible donc d’acheter ses cigarettes sur Internet en France au prix espagnol, deux fois moins élevé. Pour dire les choses extrêmement concrètement, l’objectif du gouvernement est, il ne le dira pas bien sûr, de rendre économiquement non rentable la création de sites Internet spécialisés. Pourquoi acheter sur Internet aussi cher ce que vous trouvez au bas de chez vous ? D’autres verrous seront mis en place dans la loi qui doit être votée en France d’ici deux mois. Ce projet ne soulève-t-il pas un débat de principe ? Si, absolument. Le tabac est-il un domaine où la concurrence doit jouer, où le marché doit être ouvert ? Ce n’est pas sûr et il n’est pas acquis que l’Europe rende service à l’intérêt général en allant dans cette voie. La concurrence est en général utile dans deux cas : quand elle favorise l’innovation et quand elle abaisse les coûts et donc les prix. Mais dans le domaine de la santé publique, et à partir du moment où les Etats fixent les prix et utilisent l’arme fiscale pour décourager la consommation de cigarettes, l’ouverture de nouveaux canaux de distribution n’est guère utile. Il ne viendrait à personne l’idée d’ouvrir à la concurrence la construction de centrales nucléaires, la sécurité publique est en jeu. La santé publique relève un peu de la même logique et il faudra de solides arguments pour expliquer que la légalisation de la vente de tabac par Internet est une bonne décision. Pour l’instant, on ne les voit pas. L’Europe n’a pas besoin de se caricaturer elle-même.

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