La Réserve fédérale va prendre des décisions qui vont avoir des effets dans l’ensemble du monde et qui sont déjà très discutées.

Le sujet est à la fois important, passionnant et urgent à comprendre si on le résume de la façon suivante : les Etats-Unis sont prêts à créer de l’inflation, à l’exporter dans le monde entier pour assurer leur reprise économique, et l’Europe a de bonnes chances de se retrouver toute nue, sans réponse face à ce vrai défi américain. Concrètement, de quoi s’agit-il ? Mardi, la Réserve fédérale, la Fed, a publié ce qu’on appelle les « minutes », les comptes-rendus, de ses débats internes. Ils montrent qu’elle envisage de laisser les prix déraper un peu pour relancer la consommation aux Etats-Unis. Elle s’apprête aussi, tout début novembre, à assouplir sa politique monétaire en achetant directement des obligations d’Etat. Ces annonces ont eu un premier effet. A Paris hier, le CAC a gagné plus de 2% et l’indice allemand s’est envolé au plus haut depuis plus de deux ans. Le mouvement a été le même à New York.

Quel est l’objectif de la FED ? Depuis deux ans, la Réserve fédérale, comme les autres banques centrales, la BCE notamment, mène des politiques absolument inédites pour éviter, d’abord, la dépression puis, maintenant, aider la reprise. La FED a ramené ses taux d’intérêt à zéro, elle a racheté elle-même pour 1 000 milliards de dollars de titres immobiliers pourris. Mais cela n’a pas marché, il suffit de voir le niveau de chômage. Alors, elle va essayer de taper encore plus fort. Elle va donc acheter des obligations du Trésor américain pour faire baisser les taux d’intérêt et, espère-t-elle, inciter les ménages et les entreprises à s’endetter pour consommer. L’excès d’endettement est pourtant, on s’en souvient, le problème américain. Derrière la technique, cela revient en réalité à faire tourner la planche à billets, à imprimer des dollars. Vue des Etats-Unis, l’inflation a en outre deux autres gros avantages « collatéraux » : alléger les dettes et faire baisser le dollar, ce qui est bon pour les exportations.

Et qu’en pense le reste du monde ? Plusieurs choses. D’abord personne ne sait si cette politique marchera mieux que les précédentes. De plus, selon l’expression connue, l’inflation, comme le dentifrice, sort facilement du tube, mais y rentre difficilement. Sur le fond, les Chinois, qui financent l’essentiel des dettes américaines, n’ont aucune envie de voir leurs créances fondre au soleil. Et puis, il y a nous, l’Europe. L’Europe qui va se poser des questions : faut-il laisser filer un peu l’inflation pour alléger les dettes publiques ? Peut-on laisser l’euro monter sans réagir et « casser » la reprise ? La BCE n’a pas de politique de change et déteste l’inflation plus que tout. Pourquoi ? Parce que les Allemands savent que la hausse des prix ruine les salariés modestes et que l’euro fort ne leur fait pas peur. Mais le débat sur les priorités de la BCE, qui a mérité un dix sur dix pendant le gros de la crise, pourrait bien repartir maintenant.

Ce grand écart entre les deux rives de l’Atlantique peut-il durer ? Non, il est à la fois compréhensible, désespérant et intenable parce que l’Europe ne peut pas être seulement une variable d’ajustement et rester les bras ballants quand les Américains nous disent comme il y a 40 ans : « le dollar, c’est notre monnaie, mais c’est votre problème ».

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