Ce matin, nous traversons la Manche ; les Britanniques réalisent la plus grosse opération de privatisation depuis longtemps, qui concerne Royal Mail, leur service de distribution du courrier.

Les Britanniques ont le don de toujours nous surprendre. Après avoir été les plus frappés en Europe par la crise de 2008, ils nous avaient offert des Jeux Olympiques magnifiques et optimistes en 2012. Alors que la zone euro donne aujourd’hui l’impression de se traîner, ils semblent repartir du bon pied. Et voilà qu’ils relancent des privatisations - on avait oublié ce que c’était. Vendredi, Royal Mail a commencé à être coté et 700.000 particuliers se sont précipités pour acheter un bout de cette institution qui distribue le courrier depuis cinq cents ans, dont la couleur rouge est connue du monde entier, et dont le sigle est orné de la Couronne royale. La Couronne privatisée, chocking ? Eh bien non !

Les Anglais ne font pas les choses à moitié…

C’est certain ! L’Etat, après La Poste, a tout un programme de privatisations. Y compris les banques qui ont nationalisées en 2008 parce qu’elles étaient en faillite. Il baisse radicalement les impôts et les dépenses publiques. Il a licencié 400.000 fonctionnaires depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs de David Cameron. Oui, il ne fait pas les choses à moitié.

Et la seule question qui vaille… : est-ce que cela marche ?

C’est une question importante parce que c’est le test pour les politiques d’austérité. Réponse : oui, il se passe quelque chose : le Royaume-Uni connaît actuellement la croissance la plus forte des pays européens et les prévisions sont encourageantes, meilleures que sur le continent. Le taux de chômage est plus bas qu’ici, même si le taux de pauvreté est plus haut. Peut-on en conclure que la rigueur ne tue pas le malade ? C’est trop tôt parce que c’est la politique accommodante de la Banque d’Angleterre qui titre artificiellement l’activité et que Londres gère sa monnaie, la Sterling, comme il l’entend. Mais la rigueur n’a pas pour l’instant cassé la croissance.

Quoi qu’il en soit, la comparaison de cette énergie dans les réformes avec ce qui se passe en France est tentante.

Les Anglais savent où ils vont ; les Français c’est moins sûr. On savait que la Grande-Bretagne est une économie trampoline, qui tombe bas quand cela va mal et rebondit haut quand cela va mieux. La France est une économie « pouf » (vous avez Patrick, André, sûrement un pouf dans votre salon) ; un pouf qui amortit tout, à la baisse, à la hausse. Mais on voit aussi que les Anglais, pour avancer, peuvent sauter par-dessus un précipice, prendre des risques ; les Français posent des petits cailloux prudents et à peine visibles pour traverser la rivière. On jugera à l’arrivée mais on est inquiets pour nous.

Une illustration de cette prudence française vous a scandalisé ce week-end…

Jeudi, le gouvernement annonçait une courageuse ouverture du marché des taxis pour augmenter l’offre. Vendredi soir à 22 heures, Manuel Valls a cédé en rase campagne face aux taxis.

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