Ce matin, les trois clés de Jean Tirole, notre nouveau Prix Nobel d’économie.

Il est très difficile de résumer la pensée d’un homme dont les articles scientifiques figurent parmi les dix plus cités dans le monde dans son domaine. Un Prix Nobel, ce sont des travaux ardus, pointus, dont l’objectif premier n’est pas d’être accessible au grand public. L’inverse d’un journaliste ! Cela étant, on peut dire que la première clé de Jean Tirole, c’est qu’il a choisi la micro-économie, pas la macro-économie. Il s’intéresse aux marchés, aux entreprises, pas aux grandes équilibres, croissance, prix, chômage etc. C’est une tendance : la grande économie est cul par-dessus tête, place à la vraie vie. Je vous donne un exemple : le dernier article dans lequel l’hebdomadaire The Economist a cité Tirole concerne Uber, le concurrent des taxis.

Deuxième clé : c’est un apôtre des régulations et des équilibres.

C’est un réformiste social-libéral. Il démontre que le marché tout seul, sans régulation, est dangereux. Cela semble évident, mais il a mené des travaux fouillés sur les monopoles, la façon de les éviter – par exemple à l’heure actuelle Google. L’équilibre entre le marché et l’Etat est déterminant, mais il n’est pas le même dans les télécoms, l’énergie, les transports ou la finance. A ses yeux, la crise de 2008 comme celle de l’euro sont nées de manques de supervisions et de contrôle de la part des Etats - qui doivent être des gendarmes plus que des acteurs directement. Tout cela a l’air banal, mais beaucoup d’entreprises et d’Etats utilisent ses travaux.

Troisième clé : il élabore des propositions opérationnelles.

Il l’a redit sur toutes les antennes hier, il est effondré par la situation de l’emploi en France. Il y a dix ans, il avait avancé une proposition : taxer les employeurs qui licencient, pour leur faire comprendre le coût social de cet acte, mais en contrepartie assouplir les frontières entre les contrats à durée indéterminée, très protecteurs, et à durée déterminée, plus précaires. Il avait travaillé sur le sujet avec Olivier Blanchard, classé à gauche et qui est aujourd’hui le chef économiste du FMI qui recommande des politiques budgétaires plus audacieuses en Europe.

Le paradoxe est que Jean Tirole est peu connu en France.

Il est moins connu que Thomas Piketty, dont les travaux sur les inégalités sont lus dans le monde entier et qui a reçu disons le Nobel des lecteurs ! Au total, une belle année française ! Certes, il est paradoxal que la France soit honorée alors qu’elle connait un déclin économique relatif. C’est un peu comme si la Chine se voyait remettre le Nobel de la Paix et des libertés individuelles. Einstein disait : La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne, la pratique, c’est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi. La vertu de Tirole, c’est d’essayer de réconcilier théorie et pratique. On en a bien besoin en économie en France.

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