L'impôt sur le revenu baisse de 5 milliards, mais le produit de l'impôt grimpe de 3 milliards ... Il y a des raisons tout à fait logiques, mais aussi un petit loup qui accroît la progressivité.

L'impôt baisse (mais monte aussi)
L'impôt baisse (mais monte aussi) © AFP / Jerome Leblois / Hans Lucas

Les députés, qui commencent ce lundi l’examen du budget pour 2020, vont tenter d’éclaircir une énigme fiscale qui les a beaucoup occupés en travail de Commission des finances. 

Cette énigme, la voici : pourquoi l’Etat attend-il 3 milliards d’euros en plus de l’impôt sur le revenu l’année prochaine (75 milliards et demi) alors qu’il claironne à coups de trompettes que cet impôt baissera dès janvier de 5 milliards pour la majorité des Français assujettis ? 

Pourquoi ? 

Sans nul doute, Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, réussit une prouesse : mettre en application la formule d’Alphonse Allais selon laquelle (je cite) « il faut demander plus à l’impôt et moins aux contribuables ». Mais c’est insuffisant comme explication. ! La réponse est à la fois technique et légitime, et en même temps avec un petit loup, une petite entourloupe. 

-Ce qui est logique, c'est que le nombre de Français augmente (c’est la démographie), les salaires augmentent, il est donc normal que l’impôt aussi. 

-Maintenant, ce qui est nouveau, c’est que le prélèvement à la source permet à la patrouille fiscale de rattraper quelques contribuables indélicats qui ont une phobie administrative : le taux de recouvrement passe de 97 à 99%. Tant mieux. 

-Ce qui est technique encore, c’est que les entreprises reversent l’impôt au fisc avec quelques semaines de décalage, ce qui aurait dû être dans les caisses de l’Etat en décembre 2019 le sera en janvier 2020, cela gonfle les recettes, c’est juste de la trésorerie – pas de quoi fouetter un chat. 

Mais… 

Je l’ai dit, il y a un loup, pas énorme, pas gros comme un éléphant, mais qui pèse quand même deux milliards. Il s’agit de la réévaluation du barème de l’impôt. Alors qu’avec le prélèvement à la source, on est passé de la taxation des revenus de 2017 à ceux de 2019 directement, le barème n’a été relevé de l’inflation qu’une fois. Vos revenus montent d'une tranche plus vite. Malin ! Félicitons les jeunes énarques qui ont trouvé l’astuce. 

Soyons sérieux : au total, le prélèvement à la source fonctionne bien, l’impôt baisse vraiment pour ceux qui sont concernés, mais pour les autres sa progressivité augmente encore. 

Tout cela paraît complexe ? On a commencé avec Alphonse Allais, finissons avec Einstein aux yeux de qui -surprise- l’impôt sur le revenu était, oui, la chose la plus complexe au monde. Tout est (si on ose) relatif !

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