TF1 part en guerre contre le traitement, privilégié et injustifié selon elle, dont bénéficie France Télévisions, contre la situation créée par la suppression, depuis dix-huit mois, de la publicité sur les chaînes publiques après 20 heures.

L’actualité est que la publicité devait disparaître aussi avant 20 heures, mais que cette hypothèse s’éloigne de jour en jour. Retour en arrière. Quand Nicolas Sarkozy avait annoncé sa réforme, les esprits forts avaient ricané : l’objectif affiché, c’est le plaisir des yeux du téléspectateur ; mais le but caché, c’est d’aider M6 et, surtout, TF1, qui va récupérer toute la publicité. Chacun sait que Martin Bouygues, est un ami du Président. Et d’ailleurs TF1 et M6 avaient obtenu une seconde coupure publicitaire dans les films. Au total, entendait-on, la taxe imposée aux chaînes privées en contrepartie n’était qu’un cache-sexe à côté de tous ces avantages. Le problème est que ce n’est absolument pas ce qui s’est passé. C’est même plutôt l’inverse ! La crise économique a d’abord fait plonger leurs recettes de "pub". Ensuite, France Télévisions a bien joué. Le groupe public a allongé ses écrans de pub en journée, avant 20 heures. Après 20 heures, il a joué la carte des parrainages d’émissions – parfois on ne voit pas la différence avec la situation d’avant ! Et, pour garder ses annonceurs, il a cassé les prix.

Le résultat est que l’opération est financièrement très bénéfique pour lui. Mais pendant ce temps, TF1 et M6, eux, paient toujours une taxe qui leur coûte cher. Bref, le privé a l’impression que le public a le beurre et l’argent du beurre et qu’il est le dindon de la farce. Du coup, dans « Les Echos », Nonce Paolini, le patron de TF1, tempête et demande la suppression de la taxe sur son chiffre d’affaires. Alors, a-t-il raison ? Personne ne plaindra TF1, M6 ou Canal+ ! Il ne faut pas non plus être dupe : nous sommes aussi dans une campagne de lobbying pour obtenir des contreparties au maintien de la pub avant 20 heures. Canal + vient de réussir à éviter une hausse de la TVA. Le lobbying paie ! Mais ce qui est vrai, c’est que le changement permanent des règles est difficile à gérer pour des groupes privés. Ce qui est vrai aussi est que le financement de l’audiovisuel public est baroque. Il a gardé la pub mais il bénéficie de la redevance, de la taxe sur les chaînes privées et d’une autre taxe sur les opérateurs télécoms. Une vraie usine à gaz !

TF1 ou M6 ont-elles d’autres moyens de réagir ?

Elles vont diversifier leurs revenus. Avec la rediffusion de séries, la vente de DVD, les jeux et les paris en ligne. Mais toute la difficulté est de gérer ce tournant avec d’autres tournants : la baisse de l’audience (15 points en moins pour TF1 en 15 ans) et peut-être l’arrivée de nouveaux acteurs qui pourraient débouler dans le paysage, comme Google TV ou Apple TV.

Conclusion ?

Il y a beaucoup à dire sur les chaînes privées (leur niveau général, leur côté commercial), mais il ne faut pas oublier que Canal+ finance le cinéma, que TF1 et M6 financent les chaînes publiques et qu’on ne peut pas tout leur reprocher. Et ça, c’est seulement sur le service public, celui de Radio-France qu’on peut le dire sans être suspect de quoi que ce soit !

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