Croissance zéro au deuxième trimestre, c’était le chiffre publié hier. La France va-t-elle pouvoir continuer à éviter la récession ? Premier élément de réponse : quand j’ai regardé les chiffres publiés par l’Insee, il s’est passé un événement assez inhabituel. M’est revenu en mémoire un morceau de rap…C’était Sefyu dans son album « Suis-je le gardien de mon frère »… Exactement. La France repart à zéro. Sa production n’a pas bougé d’un iota en trois trimestres. C est sans précédent dans les chiffres des statisticiens qui mesurent le Pib depuis plus de soixante ans. Alors oui, la France pourrait éviter la récession qui frappe la Grèce, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, ou la Hongrie, le Royaume-Uni et la République tchèque. Elle est toutefois dans la stagnation. C’est moins pire, mais ce n’est guère mieux. Nous sommes au fond d’une bassine.Pas d’espoir de sortir bientôt de cette… bassine ? Rien dans les chiffres d’hier n’incite à l’optimisme à court terme. Pour faire simple, les moteurs qui ont tiré l’activité sont transitoires. L’investissement a monté, mais c’est parce qu’il avait été anormalement bas au premier trimestre pour cause d'hiver rigoureux. Et le restockage des entreprises ne vient pas tant d’un regain de confiance que des conditions d’enregistrement comptable de la location d’un navire en Guyane. A l’inverse, les freins sur la production vont continuer à agir. Ce n’est pas l’augmentation de l’allocation de rentrée qui va doper la consommation et ce n’est pas le ralentissement économique mondial qui va relancer les exportations. Le ministre de l’Economie Pierre Moscovici a pourtant maintenu la prévision de croissance de 1,2% l’an prochain… Oui évidemment, parce que ce n’est pas le moment d’annoncer une nouvelle estimation. La prochaine fenêtre s’ouvrira le mois prochain, quand le gouvernement affinera son budget 2013. Là, il sera obligé d’indiquer sa prévision de croissance, car elle détermine en partie les rentrées fiscales, et puis aussi le niveau des dépenses sociales comme les indemnités chômage. Choix cornélien. Première solution : le ministre des finances maintient sa prévision de 1,2% de croissance. Tant qu’à faire, il pourrait même donner un coup de pouce. Mais on risque de ne pas le croire. Et « on », ce n’est pas seulement vous et moi, c’est aussi les investisseurs qui prêtent de l’argent à l’Etat, et Bruxelles que nous avons chargé de surveiller les finances publiques des pays européens, y compris le nôtre. Seconde solution : Bercy fait une nouvelle projection, inférieure à 1% de croissance en 2013. Mais il faudra du coup serrer encore un peu plus la vis pour les contribuables et/ou les fonctionnaires, au risque de nous maintenir dans la fameuse bassine. C’est tout de même la meilleure voie, à condition d’y aller prudemment.Mais quand reverrons-nous la croissance ? Quand nous aurons réglé nos problèmes. Ca suppose que les entreprises gagnent en compétitivité. Ca suppose aussi que les excès de dette accumulés dans les années 2000 soient purgés. Ca suppose encore que nous ayons reconstruit une Europe bancale qui menace de s’effondrer dans la tempête financière.Et puis nous devrons impérativement avancer dans la transition énergétique. Autant dire que nous aurons eu le temps d’ici là de nous adapter à une France sans croissance.

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